Emmanuelle Béart témoigne après sa mission au Kenya

Publié le 04 avril 2006 | Modifié le 31 mars 2016

En juin 2005, Emmanuelle Beart, Ambassadrice de l'Unicef, s'est rendue au Kenya afin de mener sa dernière mission sur le terrain avec l'Unicef après dix années d'engagements. Elle livre ici son témoignage.

Isiolo, c’est ici qu’à peine arrivée, me porte ce voyage, celui d’une ambassadrice qui doit témoigner. Isiolo, 115 381 habitants, et 12 230 personnes infectées par le sida. Perdue dans ce coin isolé de la terre, face à ces enfants à qui l’on refuse des années de vie, je m’interroge sur le cynisme de ceux qui, bien loin d’ici, décident de qui vivra ou mourra, décident que ces enfants pauvres valent moins que quelques profits.

Sur les 32 millions d’habitants que compte ce pays grand comme la France, 1,2 million vivent avec le sida. Chaque année, 86 000 adultes et 30 000 enfants sont infectés. 1,8 million d’enfants sont orphelins à cause du sida. L’espérance de vie a chuté de 65 à 46 ans du fait du sida. 240 000 personnes ont besoin d’un traitement antirétroviral, mais seules 24 000 en bénéficient. (…)

Pour les enfants, la situation est à la limite du supportable ; comme pour ces deux petites filles, malades du sida, qui reçoivent des comprimés pour adultes que l’on brise en morceaux sans aucune garantie que le dosage corresponde à leurs besoins. Des petites filles qui souffrent des effets secondaires, qui vomissent, car leur organisme malnutri et fragile ne peut pas tolérer le traitement. On regarde ces enfants avec autant de compassion que d’impuissance : c’est ça ou rien, un traitement bricolé ou la mort lente.

A Isiolo, m’a-t-on dit, souffle un vent d’espoir dans le désert. « Pepo la tumaini », « un vent d’espoir », en swahili, c’est le joli nom de l’association portée à bout de bras par Khadija ; l’espoir, c’est ce qu’inspire Khadija, sa stature haute et ferme, son foulard noué sur la tête, son sourire qui a traversé tant d’épreuves. (…)

L’association a créé une école qui accueille 79 enfants sur 3 niveaux de classe, des enfants orphelins à cause du sida ou non, parce qu’il ne s’agit pas de faire la différence entre ceux qui vivent avec et ceux qui vivent sans le sida. Ceux qui peuvent payer endossent une partie des frais de ceux qui sont trop démunis pour contribuer. Les enfants rentrent chez eux après avoir fait leurs devoirs, pour certains dans leur famille, pour d’autres dans une famille d’accueil.

Certains resteront ici ce soir : leur maison est le centre de Pepo la tumaini où ils vivent avec des volontaires qui ont chacun à leur charge jusqu’à 8 enfants. Le sida vide le pays de ses ressources, de ses adultes, mais n’ôte pas à Khadija l’envie et la force de se battre. Car, ici, l’espoir, c’est elle qui l’insuffle, envers et contre tout, pour chacun des adultes, chacun des enfants qu’elle sauvera, tant que « le système » n’apportera pas un peu de justice, des médicaments et des soins dans ce coin de vie, au bord du désert. »

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