"En Syrie, les enfants sont particulièrement visés par les violences"

Publié le 13 février 2012 | Modifié le 09 septembre 2015

D’après les dernières données dont dispose l’Unicef, 400 enfants ont été tués en Syrie depuis mars 2011. Malgré un espace d’action humanitaire extrêmement réduit, notre organisation, l’une des seules agences humanitaires internationales encore présentes dans le pays, tente de porter assistance à la population. Jean-Nicolas Beuze, Conseiller en Protection de l’Enfance au Bureau régional Moyen-Orient et Afrique du Nord, basé à Amman (Jordanie), répond à nos questions.

 

 

Comment travaille l’Unicef à l’intérieur du pays ?

Actuellement, nous n’avons pas accès aux zones où des opérations militaires sont en cours, ce qui rend difficile l’évaluation des besoins de la population, faute d’informations fiables. Cela limite drastiquement notre capacité d’action, d’autant que nous ne pouvons pas mettre en jeu la sécurité de notre personnel sur place.

Nous réussissons tout de même à travailler avec quelques partenaires, avec lesquels nous avons pu mener des distributions de kits d’hygiène dans plusieurs villes, former du personnel de base pour apporter un soutien psycho-social aux enfants affectés, directement ou non, par les violences, ou encore ouvert des « espaces amis des enfants », en particulier pour accueillir les enfants qui ne sont plus scolarisés.

 

Les enfants sont-ils particulièrement ciblés par les violences en Syrie ? La situation est-elle comparable à l’Égypte, la Tunisie, et la Libye ?

Les enfants sont particulièrement ciblés par la répression des autorités syriennes, probablement dans un objectif d’intimidation des familles et parce que nombre de jeunes ont pris part aux manifestations pacifiques. Par ailleurs, notre marge de manœuvre en Syrie est beaucoup plus restreinte qu’en Egypte, en Tunisie et en Libye. Ce qu’endurent actuellement les enfants en Syrie, notamment les enfants qui subissent les bombardements des quartiers urbains civils, ceux emprisonnés arbitrairement, ceux soumis à des actes de tortures, y compris à des actes de nature sexuelle, ainsi que ceux blessés qui n'ont pas accès aux soins medicaux, est absolument inacceptable.

Or, l’État syrien a pour obligation de garantir aux enfants leurs droits fondamentaux. Les autorités syriennes n’ont pas le droit d’utiliser des méthodes répressives et violentes envers les enfants et doivent tout faire pour garantir leur sécurité, y compris lorsque des enfants ou des jeunes participent à des manifestations pacifistes.

Plus largement, aujourd’hui, de nombreux Syriens n’ont pas accès aux soins dont ils ont besoin, car ils ont peur de se rendre dans les structures de soins publiques, par peur des représailles. Par crainte aussi, nombre de médecins eux-mêmes ne veulent plus prendre en charge les personnes blessées lors de manifestations ou de bombardements. C’est évidemment inacceptable, contraire au droit international et en particulier aux droits garantis dans la Convention internationale des droits de l'enfant, et l’Unicef demande l’accès aux soins pour toute personne malade ou blessée, quelles que soient les origines de ses blessures.

 

Lorsqu’ils ne sont pas ciblés par la répression, quelles autres conséquences subissent les enfants ?

Avec leurs familles, ils sont nombreux à se réfugier dans les pays frontaliers (Liban, Turquie et Jordanie). Nous savons aussi qu’il y a de nombreux déplacements internes de populations fuyant les villes affectées par les violences. Mais nous avons du mal à connaître précisément le nombre de ces déplacés, leurs besoins et leurs conditions de vie. D’après nos informations, des réseaux de solidarité informels parmi la société syrienne se sont mis en place pour venir en aide aux familles dans le besoin.

Sans que nous puissions en mesurer les conséquences exactes, nous savons aussi que la crise économique et les sanctions contre la Syrie fragilisent la population qui, dans certaines régions, éprouve des difficultés à se chauffer par exemple.

Inscrivez-vous

Suivez toutes les actualités de l'UNICEF

Soutenir nos actions