Enfants rohingyas en danger : le choléra pourrait causer la plus grande catastrophe sanitaire du XXIe siècle

Publié le 10 octobre 2017 | Modifié le 10 octobre 2017

La situation sanitaire des réfugiés rohingyas au Bangladesh fait redouter le pire : présent sur place, Jean-Jacques Simon de l’UNICEF Bangladesh décrit les actions entreprises pour améliorer les choses et la façon dont les fonds sont utilisés pour protéger les enfants contre le choléra.

Plus d’un mois après l’exode massif de réfugiés rohingyas qui ont quitté le Myanmar vers le Bangladesh, la situation des enfants dans les camps est dramatique. Le manque d’installations sanitaires et le nombre massif de réfugiés entraînent de graves problèmes de santé qui font redouter l’émergence d’une épidémie de choléra. Celle-ci aurait des effets dévastateurs sur des populations déjà affaiblies physiquement et qui vivent dans le plus grand dénuement.

Pour tenter d’éviter l'une des pires catastrophes humanitaires, l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé, en collaboration avec le ministère de la Santé du Bangladesh, ont lancé ce mardi 10 octobre une campagne de vaccination de très grande ampleur. C’est la deuxième fois dans le monde qu’une opération de cette envergure est mise en œuvre. Pour mieux comprendre ce qui se passe sur place, nous avons posé quelques questions à Jean-Jacques Simon, directeur de la communication de l’UNICEF Bangladesh, présent sur place.

Qu’est-ce qui a poussé l’UNICEF et ses partenaires à se lancer dans une campagne de vaccination d’aussi grande ampleur ?

La campagne de vaccination a été décidée car il y a eu énormément de cas de diarrhée, plus de 10 000 la semaine dernière. Et dans les camps, trop de réfugiés vivent dans un espace réduit, avec une quantité insuffisante d’eau potable et de latrines, donc on craint qu’éclate une épidémie de choléra qui toucherait les enfants et ensuite leurs parents. On avait lancé une campagne de vaccination de très grande ampleur en Haïti en 2016 et on a vu à quel point cela a été utile pour sauver des vies. Donc on a organisé ici, au Bangladesh, une campagne similaire et fait venir des doses de vaccin le plus vite possible.

Pour que ça se passe au mieux, nous avons procédé à des annonces dans les camps et 200 équipes de vaccination sont mobilisées cette semaine pour prendre en charge 650 000 personnes. Dans deux semaines, l’objectif sera de toucher 250 000 enfants avec deux doses à chaque fois pour mieux les protéger. Il faut agir le plus vite possible pour sauver les enfants.

Plus de 500 000 Rohingyas, dont 60% sont des enfants, ont déjà quitté le Myanmar pour le Bangladesh. L’exode est-il toujours aussi important ?

L’afflux de réfugiés continue. Certains jours, on en voit arriver plusieurs centaines, d’autres jours plusieurs milliers. Le problème est que l’on n’a pas accès à la région du Myanmar d’où ils proviennent et on n’a donc pas les moyens d’estimer le nombre de réfugiés qui pourraient encore arriver. Plus d’un demi-million de Rohingyas a déjà fait ce dangereux périple, mais les camps existants n’étaient pas en mesure de recevoir autant de monde donc il a fallu en construire de nouveaux.

Il faut aussi prendre en compte qu’il s’agit d’une des régions les plus pauvres du Bangladesh et que pour les accueillir, il a fallu faire venir des infrastructures extrêmement coûteuses. On a dû faire appel à des avions-cargos pour la nourriture, le matériel sanitaire et d’assainissement de l’eau… Il a fallu acheter tout cet équipement ailleurs et cela coûte très cher. Voilà pourquoi on a urgemment besoin de fonds.

Ces fonds, justement, comment sont-ils utilisés ?

La priorité, c’est la campagne de vaccination en cours contre le choléra. Mais tout est lié et si l’on veut résorber le risque d’épidémie, il faut aussi amener de l’eau potable, construire des latrines et fournir de la nourriture thérapeutique. N’oubliez pas qu’un enfant sur cinq est mal nourri et dans ces conditions, il résiste très mal aux maladies. Nous avons aussi pour impératif de protéger ceux qui sont arrivés sans leurs parents ou sans leurs proches. Grâce à un accompagnement psychologique, on tente de comprendre ce qu’ils ont vécu et de retracer leurs parents ou leurs proches.

Nous avons construit de petites écoles à base de bambou et de plastique pour permettre aux enfants de se retrouver sous un toit. On y enseigne les langues, les mathématiques et les gestes d’hygiène basique. Mais il y a tellement de choses à faire : il nous faudrait 1300 écoles pour les 200 000 enfants qui viennent d’arriver, des latrines, de l’eau potable et plus d’espaces dédiés aux adolescents pour les protéger contre les abus, l’exploitation et le travail forcé. En l’absence de financement, ce sont les enfants qui vont en payer le prix et la situation risque d’être tragique.