« Éviter la stigmatisation des ex-enfants soldats »

Publié le 10 février 2011 | Modifié le 28 décembre 2015

Quatre ans après les accords de paix signés entre le gouvernement et l’armée maoïste, le Népal peine à trouver une stabilité politique. Depuis 2007, avec ses partenaires locaux, l’Unicef a mis en place un programme de réhabilitation des enfants soldats. L’Unicef œuvre aussi à leur réinsertion sociale et à la promotion de la paix dans leurs communautés. L’objectif : contribuer à l’installation d’une paix durable dans le pays. Brigitte Sonnois est responsable de la protection de l’enfance de l’Unicef à Katmandou. Interview.

Y a-t-il encore des enfants soldats au Népal ?

Tous les enfants de l'armée maoïste ont été démobilisés.

Quelles sont les actions menées par l’Unicef pour réinsérer les ex-enfants soldats ?

La démobilisation s’est effectuée en deux phases. La première, informelle ou spontanée, a eu lieu dès la signature des accords de paix en novembre 2006. Les mineurs ont quitté les camps et ont regagné leurs communautés d’origine ou se sont installés ailleurs. Dès 2007, avec ses partenaires locaux, l’Unicef a mis en place un programme de réhabilitation. Au total, 7 500 ex-enfants soldats (c’est-à-dire qui avaient moins de 18 ans au moment de la signature des accords de paix) ont été identifiés dans leurs communautés et ont bénéficié du programme. Selon leur âge, ils avaient le choix entre la reprise de leurs études, une formation professionnelle ou encore une activité rémunératrice. En parallèle, ils pouvaient bénéficier d’un soutien psychosocial. A ce jour, 2 800 ex-enfants soldats bénéficient encore de ce programme alors que les autres l’ont terminé.

La deuxième phase de démobilisation, formelle, a eu lieu début 2010. Après avoir signé un accord avec les maoïstes, l’Unicef et d’autres agences des Nations unies sont allées dans les cantonnements maoïstes et ont enregistré et démobilisé 2 973 mineurs qui sont retournés à la vie civile dans toutes les régions du pays. Un programme de réhabilitation inter-agences a été mis en place. Des centres régionaux avec des conseillers d’orientation ont été mis à la disposition des jeunes démobilisés. L’Unicef s’est occupé du volet « éducation », en finançant les frais d’inscription et d’examens, les fournitures scolaires, l’uniforme, et en distribuant une petite bourse à ces enfants, pour leur permettre de reprendre leurs études et de vivre correctement.

Le fond du travail de l’Unicef consiste surtout à éviter la stigmatisation des ex-enfants soldats. En parallèle de l’éducation, l’Unicef fournit une aide psychosociale aux enfants qui en ont le plus besoin, grâce à un réseau de 350 conseillers. L’intervention de l’Unicef s’inscrit dans le cadre d‘un programme inter-agences de l’ONU. Le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) soutient les formations à la création de micro-entreprises, et avec l’appui technique de l’OIT (Organisation internationale du travail), les formations professionnelles, et le FNUAP (Fonds des nations unies pour la population et le développement) les formations aux métiers de la santé.

La réinsertion des ex-enfants soldats dans leurs familles et leurs communautés peut être délicate. L’Unicef soutient donc des activités de médiation avec les familles réalisées par les partenaires locaux. Pour favoriser la paix au sein même des communautés, l’Unicef soutient diverses activités pour promouvoir la réconciliation. En particulier, des membres de groupes de jeunesse reçoivent une formation d’animateurs communautaires. Parmi eux se trouvent  des ex-enfants soldats. Ce sont ces jeunes animateurs qui organisent des activités sociales et culturelles avec des personnes de tous bords, lesquelles contribuent à la cohésion sociale.

Comment se passe la réinsertion des filles ex-enfants soldats ?

30% des enfants soldats démobilisés sont des filles. Un grand nombre d'entre elles se sont mariées avec des combattants et des enfants sont nés de ces mariages. Une des difficultés rencontrées par ces jeunes femmes est due au fait qu’elles ont souvent épousé des hommes de caste différente de la leur. Au Népal, le mariage entre différentes castes est très mal vu. Alors que les Maoïstes prônent l’égalité des sexes et des castes, la société traditionnelle ne l’entend pas ainsi. L’Unicef soutient donc des actions de médiation auprès des familles et de sensibilisation des communautés pour faciliter la réinsertion de ces jeunes femmes.

Aujourd’hui, l’Unicef porte assistance à ces jeunes mamans, ex-enfants soldats. Par exemple, nous donnons 500 roupies (5 euros) par mois pendant un an aux mères qui ont des enfants de moins de 5 ans. Et quand ces jeunes mamans bénéficient de formations, elles peuvent laisser leurs enfants dans des crèches soutenues par l’Unicef. Enfin, l’Unicef apporte un soutien nutritionnel aux jeunes femmes ex-enfants soldats enceintes ainsi qu’à celles qui allaitent, d’un montant de 1 500 roupies (15 euros) par mois pendant 8 mois.

Craint-on toujours l’enrôlement des enfants ?

Bien que ce soit interdit par la Convention internationale des Droits de l’Enfant, il arrive que les partis politiques de tous bords utilisent des mineurs dans des manifestations politiques, lesquelles tournent parfois à la violence. Cependant, à l’heure actuelle, il n’y a pas d’enrôlement d’enfants soldats.
Si la situation politique venait à se détériorer et à devenir violente, vu que de nombreux enfants sont en situation de vulnérabilité, alors il y aurait un risque de recrutement.