Exploitation sexuelle des enfants : oser combattre un tabou

Publié le 02 mars 2009 | Modifié le 28 décembre 2015

Pierre Ferry, responsable de la protection de l’enfance à l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, présente les réflexions que pose la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants et contre les abus.

A l'occasion de la journée nationale contre l'exploitation sexuelle, mercredi 4 mars, interview de Pierre Ferry, responsable de la protection de l’enfance à l’Unicef Dakar.

A-t-on une idée de l’ampleur de l’exploitation sexuelle des enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre ?

L’exploitation sexuelle à des fins commerciales des enfants aurait tendance à s’intensifier. De nombreux liens existent entre la traite à des fins sexuelles et à des fins de travail, la prostitution enfantine, le tourisme sexuel et la pornographie mettant en scène des enfants. D’autre part, les abus, les violences et l’exploitation sexuelle en milieu scolaire restent préoccupants. Enfin, les filles travailleuses domestiques sont souvent victimes d’abus et d’exploitation sexuels. Il existe très peu d’informations sur les abus, les violences et l’exploitation sexuelle commise sur les enfants au sein de leur famille, les enfants vivant dans les rues, les enfants talibés ou encore sur les enfants placés en institution (orphelinat, structures d’accueil et d’hébergement). L’ampleur réelle de toutes les formes d’abus et d’exploitation sexuelle des enfants reste très difficile à déterminer du fait – entre autres – du faible nombre de déclarations (les victimes ayant peur de représailles, de la stigmatisation et de l’exclusion sociale), de la persistance de résistances culturelles relatives à la sexualité et aux violences sexuelles, et de l’absence d’un système centralisé de collecte et de traitement des données.

Quelle est la réponse apportée par l’Unicef ?

L’Unicef s’est engagé auprès de nombreux gouvernements de la région pour l’élaboration de plans d’actions nationaux contre ce phénomène. Malheureusement, leur mise en œuvre reste très souvent partielle ou incomplète, du fait du manque de capacités humaines et financières. D’autre part de nombreuses réformes législatives ont été entreprises avec l’appui de l’Unicef concernant notamment le principe d’extraterritorialité ou encore les mesures de protection et de réparation des enfants victimes d’abus et d’exploitation sexuels. Des campagnes de sensibilisation impliquant les médias, les communautés, les enfants ont été menées dans la région. En matière de prise en charge médico-psycho-sociale, de réinsertion et de suivi des enfants victimes d’abus et d’exploitation sexuels, l’Unicef s’appuie principalement sur les ONG pour pallier aux insuffisances des ministères.

La réinsertion doit se faire sur le long terme

Différents programmes de prise en charge ont ainsi été développés mais malheureusement ceux-ci restent encore aujourd’hui limités. Il est indispensable d’envisager une réinsertion à long terme. Il est insuffisant de former un grand nombre de jeunes filles à la couture ou la coiffure sans pour autant assurer un sérieux encadrement du processus de réintégration ou d’intégration.

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