Guinée : des services sociaux délabrés, des enfants en grand danger

Publié le 30 novembre 2009 | Modifié le 31 mars 2016

Pour le représentant de l’Unicef, Julien Harneis, la dégradation des conditions économiques et sociales menace les enfants pour les années qui viennent.

Les violences qui ont éclaté en Guinée fin septembre appartiennent-elles au passé ?

La sécurité est revenue à Conakry. Politiquement, des discussions ont lieu à Ouagadougou, au Burkina Faso, entre le gouvernement et l’opposition. Aucune solution ne semble être trouvée pour le moment. Personnellement, je ne crois pas à la perspective d’une guerre civile. Mais pour nous, humanitaires, la situation en Guinée est plus proche de l’urgence que du développement, contrairement à ce à quoi nous étions habitués il y a quelques années.

Que voulez-vous dire ?

Il y a des troubles sociaux depuis 2006, qui ont entraîné un ralentissement de l’économie. A cela s’ajoute la crise mondiale et son impact sur l’exploitation de la bauxite, la grande ressource nationale, qui est donc en baisse. En plus, les bailleurs se désengagent depuis le coup d’Etat de l’an dernier. Les services sanitaires et sociaux s’écroulent en même temps que l’économie. Symbole de ce délabrement : 32 cas de polio ont été enregistrés ces derniers mois et une épidémie de rougeole a éclaté, avec plus de 800 cas à Conakry. C’est totalement anormal, l’Etat est dépassé. Si l’on ne fait rien pour soutenir les services sociaux, il faut s’attendre au pire dès le premier coup dur, en cas d’inondation ou d’éruption de choléra par exemple.

Comment l’Unicef réagit-il ?

Nous avons deux axes. Le premier concerne la survie de l’enfant. Nous venons d’achever une grande campagne nationale (vaccination, déparasitage, vitamine A, moustiquaires…). Il y a un gros effort à faire en particulier sur les vaccinations de routine et sur le renforcement des soins de santé communautaire. Mais le deuxième axe, comme je le disais, concerne la création de notre capacité d’urgence : nous allons notamment renforcer nos équipes et nos programmes dans les domaines de la nutrition et de la protection de l’enfance.

Les violences de la fin septembre ont mis en évidence la nécessité d’une réponse importante en terme de protection ?

Oui. Suite à ces journées, une aide médicale et psychosociale a été apportée, en particulier aux victimes de violences sexuelles. Mais ce qui s’est produit pendant les exactions de septembre n’est pas aussi exceptionnel qu’on l’a cru. En Guinée, une grande majorité de femmes semblent avoir été victimes de violences au cours de leur vie. Nous voulons mettre en place un dispositif de prévention et de prise en charge pour répondre à ce qui semble bien être une réalité chronique.

Soutenir nos actions