Haïti : face au sida

Publié le 05 mars 2010 | Modifié le 31 août 2015

A Haïti, il faut aujourd’hui aider les mères séropositives et leurs enfants. Le séisme les as rendus encore plus vulnérables.

Jeanne* est assise sur un matelas à l'intérieur de sa tente dans un camp de fortune pour déplacés à Port-au-Prince, la capitale d'Haïti. Elle est séropositive et enceinte de six mois.

Le 12 janvier dernier, au moment où le séisme frappe Haïti, la jeune femme de 28 ans revient du marché à pied. Lorsque la terre tremble, Jeanne pense toute de suite au bébé qu'elle porte. Elle se casse le doigt en se protégeant d'un mur qui s'effondre. Jeanne perd presque tout avec le séisme : son père, son compagnon, ses moyens de subsistance. Mais elle ne perd pas son bébé.

La future maman est aujourd’hui désemparée, incapable même de réfléchir à un prénom pour son bébé. « Depuis le tremblement de terre, je ne peux plus penser. Mon esprit est dérangé, je suis déboussolée.»

Une autre perte…

De sa maison, il ne reste que des décombres. Jeanne a donc perdu ses médicaments antirétroviraux. Heureusement, quelques jours après le séisme, elle a réussi à en obtenir dans une clinique. Après le tremblement de terre, l'interruption des thérapies ARV est un motif d'inquiétude pour les nombreuses femmes enceintes vivant avec le VIH.

Jeanne a appris qu'elle était séropositive en juin 2006. Elle a pris connaissance du traitement ARV grâce à SEROvie, une Organisation Non Gouvernementale (ONG) soutenue par l'Unicef. Elle a alors débuté un traitement dans une clinique privée, où son anonymat a été respecté.

Aujourd’hui, comme Jeanne a perdu son travail,  elle ne peut plus se payer le traitement dans cette clinique. Elle craint de devoir aller à l’Hôpital général de Port-au-Prince… et que les gens apprennent sa séropositivité.

120 000 personnes vivant avec le VIH/sida

D'après le ministère de la Santé haïtien, 120 000 personnes vivent avec le VIH/Sida en Haïti. Parmi ces personnes touchées, 63 000 sont des femmes, 7 000 sont enceintes et 8 500 sont des enfants. L'incidence du VIH parmi les adolescents atteint des niveaux alarmants, chez les jeunes filles en particulier. Le taux d’infection des adolescentes est deux fois plus élevé que celui des garçons.

Depuis 2006, l'Unicef, avec des ONG partenaires, soutient le programme de Prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant (PTME) sur le Plateau central d'Haïti, où sont soignées plus de 2 000 femmes. L'Unicef contribue également au diagnostic infantile et aux services pédiatriques et d'adolescents contre le VIH/Sida, au Centre Gheskio, une importante clinique à Port-au-Prince.

Continuer le traitement malgré tout

L'Unicef s'efforce de veiller à ce que les Haïtiens séropositifs continuent à recevoir leur traitement médical et que ceux qui prennent des médicaments ARV n'interrompent pas leur traitement. L’organisation humanitaire continuera également à soutenir le ministère de la Santé pour élargir les services de PTME, surtout dans les régions rurales du pays. Et restera mobilisée dans les activités de prévention du VIH qui visent les adolescents, en partenariat avec des ONG locales.

En mai, Jeanne donnera naissance à un nouveau membre de sa famille. Pour elle, et pour son bébé, elle espère continuer à recevoir le traitement dont ils tous les deux désespérément besoin.

*Son prénom a été modifié.

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