Haïti : sauver le lien familial !

Publié le 11 mars 2010 | Modifié le 31 août 2015

A Haïti, près de deux mois après le séisme, il faut continuer de protéger les enfants, les aider à retrouver leurs proches, les mettre à l’abri des abus… Reportage vidéo à Haïti.

Quelques précisions avec Manuel Fontaine, représentant de l’Unicef, récemment revenu d’une mission à Haïti.

Où en est-on du recensement des enfants isolés à Haïti ?

Nous sommes toujours à la recherche d’enfants séparés de leurs familles, qui se sont retrouvés dans les rues, dans les hôpitaux, les orphelinats après le séisme. Lorsque nous recueillons un enfant non-accompagné, nous l’amenons dans un centre de transit temporaire, un centre dans lequel ces enfants perdus sont à l’abri, en attendant que leurs familles soient identifiées et localisées. Avant que ces familles ne soient réunies si possible.

Mais dans la grande majorité des cas, les enfants séparés de leurs parents ont été pris en charge, temporairement au moins, par une famille. Ils sont donc séparés de leurs parents mais pas non-accompagnés. Nous essayons de faire en sorte qu’ils puissent rester dans ces familles d’accueil. Un centre de transit n'est une option que lorsqu'il n'y a vraiment pas d'autre choix, lorsque l'enfant est vraiment tout seul et sans assistance, ou lorsqu'il y a un risque réel de violence ou d'exploitation.

Comment identifier les enfants ?

Nous enregistrons ces enfants, en leur demandant un maximum de renseignements lorsqu’ils sont assez âgés pour nous les fournir, pour ensuite enquêter et tenter de retrouver leurs proches. Lorsqu’il s’agit de bébés, nous essayons de savoir où ils ont été retrouvés, l’enquête est plus difficile et plus longue.
Nous avons formé plus de 60 personnes pour enquêter sur le terrain. A Haïti bien sûr, mais aussi en République Dominicaine, où des enfants avaient été envoyés pour être soignés… En Martinique également, des enfants avaient été évacués pour raisons médicales par la protection civile, les familles n’ont pas forcément obtenu des nouvelles d’eux.

Lorsque les parents sont décédés, que se passe-t-il pour ces enfants ?

Nous essayons malgré cela de favoriser la prise en charge familiale. En effet, un enfant est en général plus heureux chez un oncle, une tante, un proche que dans une institution.

Mais de nombreuses familles vivent aujourd’hui dans des conditions très précaires : il faut les aider pour qu’elles puissent garder ces enfants avec elles. Nous suivons donc les familles qui accueillent leurs neveux, filleuls, cousins… Des tentes familiales leur sont distribuées lorsqu’elles n’ont plus d’abri. Pour que tous puissent rester ensemble. Des vivres, des kits d’hygiène, du matériel de cuisine, des couvertures…

Favoriser la prise en charge familiale, c’est un travail de long terme…

Il faut en effet s’engager sur des années pour que les familles ne soient plus obligées de placer les enfants dans les institutions faute de moyens pour les garder. Il y a déjà beaucoup d’institutions à Haïti, certaines accueillent les enfants dans de bonnes conditions, d’autres sont très spartiates. Il faut éviter que ces institutions ne se multiplient encore à cause du séisme.

Déjà avant la catastrophe, il était courant que les familles haïtiennes placent leurs enfants dans des orphelinats, faute de moyens. Parfois, le lien familial, pourtant primordial pour les enfants, se perdait ainsi. A Haïti, sur le long terme, il faut accompagner les familles, les aider financièrement, matériellement, pour qu’elles ne soient plus obligées de laisser ainsi leurs enfants dans des institutions. 

Et si aucun proche n’est retrouvé pour les enfants recueillis après le séisme ?

Bien sûr, l’adoption reste toujours une option, lorsqu’aucune prise en charge familiale n’est possible. Mais il ne faut rien précipiter. Des parents, des proches peuvent encore être retrouvés plusieurs mois après le séisme. L’Unicef coordonne les équipes qui identifient les enfants et les familles, qui les réunissent. C’est un travail en réseau, avec des organisations non gouvernementales, de nombreux partenaires... Un travail de longue haleine. Nous n’avons donc pas fini de ramener des enfants à leurs parents ou à leurs proches.