Le Sahel face à la malnutrition …

Publié le 18 mai 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Cette année encore, le Sahel fait face à l’insécurité alimentaire. Le point sur la situation sur place avec Félicité Tchibindat, conseillère nutrition au bureau de l’Afrique de l’ouest et du centre de l’Unicef.

Quels sont les pays touchés aujourd’hui par l’insécurité alimentaire ?

Nous sommes dans une situation d’insécurité alimentaire dans 5 pays de la région sahélienne : le Niger qui est le cœur de la crise, le Tchad, la Mauritanie, le Mali et le Burkina Faso. Toute la population de ces pays n’a donc pas accès à la nourriture en quantité et en qualité satisfaisantes. En 2010, la malnutrition infantile menace  378 000 enfants au Niger, 144 000 enfants au Burkina Faso, 83 000 enfants au Mali, 33 500 enfants au Tchad et 8 900 enfants en Mauritanie.

 

Pourquoi l’insécurité alimentaire sévit-elle dans cette région sahélienne ?

Cette région a d’abord subi différents phénomènes naturels ces derniers mois. Sécheresse dans certaines zones et inondations dans d’autres. Ces catastrophes naturelles touchent directement la production agricole du pays. L’insécurité alimentaire a donc augmenté au Niger, au Tchad, au nord Mali et dans certaines zones du Sénégal.
Les problèmes d’accès aux soins, à l’hygiène sont également des problèmes majeurs dans ces pays car ils amplifient les problèmes nutritionnels. Et sont eux-mêmes amplifiés par les événements naturels.

Pourquoi femmes et enfants sont-ils particulièrement menacés ?

Les enfants ont des besoins spécifiques en matière d’alimentation. Dans la région du Sahel, le faible pouvoir d’achat des ménages contraint les familles à réduire leur diversification alimentaire. Les enfants sont « à la merci » des aléas naturels, économiques. Mais également de certaines habitudes. Par exemple, l’allaitement n’est pas très répandu et le régime alimentaire des enfants ne correspond pas forcement aux besoins de l’enfant.  

Quant aux femmes, elles n’ont pas forcément accès à l’information, aux ressources... A Maradi, au Niger, l’accès aux greniers à grain est ainsi réservé aux hommes. L’homme est la seule personne de la famille à avoir le droit de l’ouvrir et de se servir. Parfois, les hommes partent loin de leur domicile pour des raisons professionnelles et donnent une quantité X de grains à leurs femmes. Cette quantité est quelque fois insuffisante pour combler les besoins de toute la famille…

Quels risques pour ces femmes et ces enfants ?

Les femmes sont mariées très jeunes dans la région du Sahel et n’ont généralement pas encore terminé leur croissance et leur développement. La grossesse arrivant, une réelle compétition s’opère entre les besoins nutritionnels de la mère et de l’enfant à naître.

Quant aux enfants malnutris, ils subissent un retard de croissance mentale et physique. Un enfant malnutri peut perdre jusqu’à 15 points de son quotient intellectuel. La malnutrition détruit également le système immunitaire des enfants et des femmes, les rendant plus vulnérables aux maladies.