L'eau : ressource clé pour la survie des enfants de l'est du Tchad

Publié le 15 juillet 2007 | Modifié le 31 mars 2016

Solofo Ramaroson dirige les activités de l’Unicef dans l’est du Tchad, où vivent 230 000 réfugiés darfouriens et 170 000 déplacés tchadiens.

230 000 réfugiés darfouriens et 170000 déplacés tchadiens vivent dans l'est du pays.

Quels sont les mouvements actuels de population ? Y a-t-il de nouveaux réfugiés venus du Darfour ? de nouveaux déplacés tchadiens ?

Actuellement, il y a 230 000 réfugiés venus du Darfour. Ils sont répartis en 12 camps. Le nombre reste stable. Par contre le nombre de tchadiens déplacés, notamment à cause d’attaques par des milices janjaweeds de ce côté-ci de la frontière, est passé de 100 000 à 170 000 entre janvier et juin de cette année. La saison des pluies commence maintenant : il sera bientôt difficile de circuler, ce qui devrait limiter les attaques et les mouvements de population.

Ces déplacés vivent-ils dans des camps, comme les réfugiés du Darfour ?

Non, jusqu’à présent, ils ont pu être accueillis par les villages des zones plus sûres. Les structures mises en place pour les aider (en terme d’eau et d’assainissement par exemple) bénéficient aussi aux communautés hôtes, mais la pression est de plus en plus forte : il faut partager les ressources, la terre ; on n’est pas à l’abri d’un conflit si la situation perdure. Nous réfléchissons au moyen pour les nouveaux venus de retourner chez eux, mais il faudrait que la menace d’attaques dans leurs régions d’origine cesse. De toutes façons, rien n’est envisageable avant la fin de la saison des pluies, cet automne.

Atteindre 10 litres d’eau par personne et par jour

De quoi manquent-ils le plus ?

Les conditions de vie des déplacés sont moins favorables que celles des réfugiés darfouriens dans les camps. Notre objectif est de leur fournir au moins 10 litres d’eau par personne et par jour et de faire en sorte qu’il y ait un bloc de latrines pour 30 personnes. Nous n’y sommes pas encore : 60% des déplacés reçoivent dix litres d’eau par jour, 20% ont accès à des latrines. Il faut réaliser de nouveaux forages et construire des latrines supplémentaires.

Qu’en est-il des conditions de santé et de nutrition ?

100% des enfants âgés de 6 mois à 15 ans ont été vaccinés contre la rougeole. Plus de 96% des moins de 5 ans ont reçu de la vitamine A et des vermifuges. Une enquête du PAM (programme alimentaire mondial) évalue la malnutrition à 8%. Dans la région de Goz Beida, Médecins sans frontières et COOPI assurent un dépistage et une prise en charge de la malnutrition en lien avec les services de santé tchadiens : l’Unicef fournit des moyens médicaux, ainsi que du lait thérapeutique et du plumpy-nut, et forme le personnel des centres de santé.

Les enfants sont-ils scolarisés ?

On manque de personnel. Avec des ONG partenaires, l’Unicef forme des adultes pour faire la classe, mais il n’y a pas assez de candidats. En terme d’infrastructures, des hangars métalliques couverts, sans murs, servent de salle de classe. Et nous distribuons des fournitures scolaires. 162 000 enfants vont à l’école, dont 40% de filles.

Menace sur les conditions d’hygiène

Quelles sont les menaces qu’entraîne la saison des pluies ?

Il y a d’abord un risque de détérioration de l’hygiène et de la qualité de l’eau, ce qui pourrait favoriser les diarrhées, particulièrement meurtrières pour les tous petits, voire le choléra. Nous avons profité de la période où il est encore possible de circuler facilement, avant la saison des pluies, pour prépositionner tous les moyens pour y faire face (en stockant des sels de réhydratation orale, par exemple). Le deuxième risque, c’est celui du paludisme : avec notre partenaire, l’ONG Mentor, nous avons distribué des moustiquaires. A l’avenir, pour les déplacements, nous comptons sur l’avion pour accéder aux zones dont l’accès terrestre sera coupé.

Quels sont les problèmes de l'Unicef en terme de sécurité ?

Les routes sont extrêmement dangereuses. Il y a les mines antipersonnel. Il y a aussi et surtout la menace d’attaques, principalement pour voler les véhicules. Nous avons des consignes strictes : ne pas rouler de nuit, ou alors le faire en convoi. Malgré ces précautions, tout peut arriver : il y a tellement d’armes qui circulent. Nous ne sommes pas face à des rebelles mais à des bandits, des « coupeurs de routes », des groupes incontrôlables. C’est avec les autorités tchadiennes que nous discutons pour que la loi puisse être respectée. Mais beaucoup de voleurs disparaissent au Soudan dès que des efforts sont faits pour tenter de les poursuivre.

Dernière question : un accord a été signé avec le gouvernement en mai, en vue de la démobilisation des enfants soldats. Où en est-on aujourd’hui ?

Cet accord nous donne l’autorisation d’enquêter auprès des forces armées. 400 enfants ont déjà été identifiés sur l’ensemble du pays : la plupart venaient de l’est. L’Unicef s’occupe du recensement mais aussi de la prise en charge : un centre de réinsertion et de réhabilitation existe à Abéché. 60 enfants viennent d’y entrer. Ils ont de 8 à 17 ans et sont ici pour quelques semaines, avant d’être accueillis dans des familles.

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