« Les enfants sont traumatisés ! »

Publié le 05 février 2010 | Modifié le 14 janvier 2016

Nadine Perrault, chargée de la Protection de l’enfant au bureau de l’Unicef au Panama, est Haïtienne. Arrivée dans son pays deux jours après le séisme, elle raconte la situation des enfants sur place. Désemparés au moment de la catastrophe, ils sont aujourd’hui traumatisés.

Quelles ont été vos premières impressions lorsque vous êtes arrivée en Haïti ?

Je me suis tout de suite dit que c’est une catastrophe que je ne peux comparer aux autres. Les Nations unies étaient frappées, tout était paralysé. Dans les autres catastrophes auxquelles j’ai assisté, on arrive, on intervient. Là, le personnel humanitaire sur place était touché aussi.
Quand je suis arrivée, toute la population était en état de choc. Les Haïtiens étaient consternés alors qu’ils sont très fougueux habituellement. Tout le monde a été frappé, pauvres comme riches. Tout le monde a été pris par la panique, surtout au moment des répliques. J’ai vu des choses horribles, un orphelinat effondré avec 54 enfants à l’intérieur… Haïti n’était pas prêt pour ça, les enfants n’ont pas compris ce qu’il se passait au moment du séisme. Ils n’ont pas su tout de suite quoi faire : courir, se cacher ?
 

Beaucoup d’enfants isolés, perdus ?

Oui, à l’heure où s’est déroulé le séisme, 16h53 à Haïti, nombreux étaient les parents encore au travail et les enfants déjà rentrés de l’école. Ils jouaient dehors ou étaient chez eux. D’où la séparation de nombreuses familles. De nombreux enfants se sont retrouvés tous seuls, dans la rue. Certains d’entre eux, blessés, ont été évacués vers des hôpitaux, sans même qu’on connaisse leurs identités. Difficile ensuite pour les parents ou les proches de savoir où les retrouver et même de savoir si ces enfants sont toujours en vie ou sous les décombres. 
 

Comment retrouver les familles de ces enfants alors ?

C’est un processus long et compliqué, nous parlons avec les enfants pour identifier puis essayer de retrouver leurs familles. Mais comment obtenir de précieuses informations lorsqu’un enfant est traumatisé et ne se souvient plus de rien ? Et comment savoir si leurs parents sont toujours en vie lorsque de nombreux morts ont été enterrés dans des fosses communes ? Il faut alors enquêter parfois longtemps pour retrouver les proches. Nous attendons la création d’une ligne téléphonique au plus vite pour que les familles puissent appeler et retrouver leurs enfants.
Et lorsqu’il s’agit de bébés, c’est encore plus compliqué car il ne peut s’exprimer. Il faut enquêter et lorsque des parents se présentent pour les récupérer, il faut vérifier qu’il s’agit bien de la famille du bébé en question. Pour éviter tout trafic d’enfants.
 

Certaines écoles ont déjà rouvert ?

Oui, certains établissements ont déjà rouverts à Haïti mais le taux de réouverture reste faible. Il faut dire que les parents, comme les enfants ont peur, ils veulent être sûrs que les bâtiments vont tenir. Certains enfants ont même peur d’aller dans des tentes, ils sont traumatisés ! Quand les autres enfants bougent beaucoup, certains petits s’affolent, pleurent. Nous avons commencé à leur apporter un soutien psycho-social mais tout cela va prendre beaucoup de temps.