Lesotho : la domination masculine fait le jeu du sida

Publié le 04 juin 2006 | Modifié le 31 mars 2016

Le représentant de l'Unicef au Lesotho explique les particularités de l'épidémie dans l'un des pays les plus touchés du monde.

Quelle est la spécificité de l’épidémie de sida au Lesotho ?

Avec 23% de personnes infectées, le Lesotho est le 3e pays du monde en terme de prévalence du VIH/sida, derrière le Swaziland et le Botswana. L’espérance de vie, en quinze ans, a chuté de 60 à 36 ans. C’est une épidémie généralisée. Plus question de se focaliser sur une population en particulier – les prostituées, par exemple – c’est toute la société qui doit être aidée. Historiquement, l’épidémie est venue des hommes partis travailler dans les mines d’Afrique du sud et revenus au pays après avoir fréquenté des prostituées. Le VIH/sida au Lesotho se transmet par relation hétérosexuelle principalement. L’homosexualité ou les drogues injectables ne sont pas en cause.

Cette transmission par relation hétérosexuelle est-elle renforcée dans une société qui souffre particulièrement de la domination masculine ?

Absolument. Je n’ai pas observé une telle domination dans mes autres affectations. Cet état d’esprit est inculqué notamment pendant les rites initiatiques par lesquels passent les garçons. Il existe une accumulation de facteurs qui favorisent la transmission du virus. Je peux citer les principaux. Beaucoup d’hommes ont plusieurs partenaires pendant la même période. Ils ont souvent des relations avec des femmes de 5 à 10 ans plus jeunes ; conséquence : le taux de femmes infectées est quatre fois plus élevé que celui des hommes. Les rapports sexuels forcés, y compris au sein de la cellule conjugale, peuvent favoriser la transmission. L’Unicef a soutenu l’instauration en 2003 d’une loi condamnant les relations sexuelles avec les enfants et soutient en ce moment une loi pour l’égalité au sein du couple : actuellement l’épouse est considérée comme mineure, elle n’a aucun droit, tout doit passer par le consentement de son mari.

Comment l’Unicef conjugue-t-il, au Lesotho, ses 4 priorités dans la lutte contre le VIH/sida ?

Ce dont nous venons de parler rejoint en partie le travail de protection, qui passe aussi par le soutien à la mise en place d’une unité de police chargée de protéger les femmes et les enfants des violences et des abus et par le soutien aux structures qui accueillent des orphelins du sida. Notre stratégie de prévention, quant à elle, passe par la réforme du programme scolaire, des activités d’éducation par les pairs, le recours aux activités sportives (du basket à la boxe) pour sensibiliser les jeunes. Concernant la priorité que constitue la prévention de la transmission de la mère à l’enfant nous avons encore beaucoup à faire puisque seulement 10% des femmes enceintes qui en auraient besoin sont sous traitement, mais c’est seulement en 2003 que le traitement a été introduit au Lesotho et le chiffre est en progrès. Concernant les traitements pédiatriques, l’Unicef profite de l’action de la fondation Clinton qui négocie les prix des médicaments. Un traitement ARV pour un enfant durant un an est passé de 1000$ il y a quelques mois à 220$ aujourd’hui. Mais là encore il y a beaucoup à faire puisque 13% seulement des enfants sont sous traitement parmi ceux qui en ont besoin au Lesotho. En 2005, l’Unicef France dans le cadre de sa commission de coopération a choisi de financer deux grands programmes : 537 362 € pour la prévention de la transmission mère-enfant, et 2 396 157 € pour les soins et traitements des enfants atteints du VIH/sida.

L’Onusida a annoncé la stabilisation de la pandémie dans le monde. Est-ce visible au Lesotho ?

Il y a une légère stabilisation sur des plateaux très élevés. Au Lesotho, le taux de prévalence ne grimpera pas au-delà de 24 ou 25%. D’ailleurs il ne redescendra pas non plus, puisque les ARV maintiennent en vie les personnes infectées. Notre nouvel indicateur clé sera le nombre d’infections chez les très jeunes, le nombre de nouveaux cas chaque année.

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