Lettre ouverte à l’Union européenne

Publié le 16 juin 2010 | Modifié le 08 janvier 2016

Pour Anthony Lake, Directeur général de l’UNICEF, « en ce moment décisif, ceux qui constituent les 20% les plus pauvres de la planète devraient devenir la première des priorités internationales. »

« Demain, les responsables politiques de l’Union européenne vont se réunir à Bruxelles pour discuter de leur position quant au sommet organisé en septembre par le Secrétaire Général des Nations unies sur les objectifs du Millénaire. Ces huit engagements-clé ont été inspirés par la Déclaration du Millénaire des Nations unies, qui, il y a dix ans, a lancé une dynamique globale sans précédent pour la construction d’un monde plus pacifique, plus prospère et plus juste pour tous.

La réunion de Bruxelles est une chance à saisir pour l’Union européenne pour réaffirmer son engagement historique en faveur des droits de l’enfant, en particulier des enfants les plus négligés et marginalisés. Nous, l’Unicef, espérons vivement que les responsables de l’UE saisiront cette opportunité.

 

 

Des fractures entre les pays...

 

Car aujourd’hui, à l’heure où le monde évalue les progrès réalisés pour atteindre les objectifs du Millénaire, il est de plus en plus clair que des millions d’enfants sont laissés pour compte. En effet, les statistiques montrent des fractures de plus en plus grandes entre les pays riches et les pays pauvres et des disparités flagrantes au sein même des pays en développement.

Dans des pays comme l’Afghanistan et la République démocratique du Congo, par exemple, la mortalité des enfants de moins de cinq ans n’a pas baissé de plus d’un point, alors qu’elle a globalement chuté de 30% entre 1990 et 2008.

Une femme nigérienne a une chance sur sept de mourir d’une cause liée à sa grossesse au cours de sa vie. Dans les pays les plus riches, ce risque n’est que de un sur 8 000 en moyenne.

Dans les pays en développement, les enfants issus des catégories les plus pauvres sont deux à trois fois plus exposés au risque de malnutrition que les enfants issus des catégories les plus riches ; ils sont deux ou trois fois plus susceptibles de souffrir d’un retard de croissance. Ils ont aussi deux ou trois fois moins de chances d’aller à l’école.

 

Pour une action immédiate!

 

Dans certains pays, ces disparités augmentent et affectent plus particulièrement les filles, les enfants issus des communautés autochtones ou appartenant à des minorités ethniques.
Cet état de fait est alarmant et appelle une action immédiate.

Si, pour atteindre les objectifs du Millénaire, nous concentrons nos efforts sur les zones et les populations les plus faciles à atteindre, nous remporterons sans doute un succès statistique, mais ce dernier, laissant de côté ceux qui ont le plus besoin d’aide, masquera un échec moral. Nous devons davantage concentrer nos efforts sur les enfants oubliés.

En 1948, la communauté internationale a fait valoir que nous sommes tous « nés libres et égaux en dignité et en droits ». Cet engagement fondamental est au cœur de la Convention internationale des droits de l’enfant ; il est rappelé dans la Déclaration du millénaire et réaffirmé dans la Déclaration de Paris de 2005, le Programme d’action d’Accra de 2008 et dans de nombreuses déclarations sur les droits de l’homme.

En ce moment décisif, ceux qui constituent les 20% les plus pauvres de la planète devraient devenir la première des priorités internationales. Dans cet esprit, nous espérons que l’Union européenne saisira, demain à Bruxelles, l’occasion de défendre haut et fort les droits de l’enfant et prendra la tête des efforts entrepris pour mettre les enfants les plus vulnérables au cœur du sommet mondial de septembre. »