« L'Indonésie a compris que le monde a les yeux braqués sur Aceh »

Publié le 01 juin 2005 | Modifié le 05 janvier 2016

Interview de Gianfranco Rotigliano, représentant de l'UNICEF en Indonésie.

Alors que la phase de reconstruction est bien amorcée dans plusieurs pays affectés par le tsunami tels que le Sri Lanka ou la Thaïlande, il semble qu’en Indonésie, l’urgence se prolonge, qu’en est-il sur le terrain ?
Il faut toujours se mettre d’accord sur la définition de l’urgence que l’on veut utiliser. Aujourd’hui, il n’y a plus de vies à sauver, donc on peut dire que nous ne sommes plus dans l’urgence. Mais il y a encore 500 000 personnes déplacées qui sont hébergées dans des structures temporaires et il reste beaucoup de choses à faire, qui touchent aux conditions de vie de ces populations. Nous continuons à apporter une aide alimentaire, à fournir de l’eau potable, à gérer les déchets.

Quelles sont les priorités pour l’UNICEF durant cette période de transition ?
En termes d’eau et assainissement, l’UNICEF a financé la réhabilitation du système d’adduction d’eau dans la ville de Banda Aceh. Notre objectif est de restaurer l’accès à l’eau dans de nombreux villages. Dans certains villages, 50% des habitants ont été emportés par le tsunami. Les populations reviennent petit à petit sur leur site, mais cela prend du temps. L’autre secteur sur lequel l’UNICEF concentre son action est l’éducation. 1 755 écoles ont été détruites ou endommagées par la vague géante. Près de 41 000 élèves et 2 500 enseignants sont morts.
En accord avec le Ministère de l’Education indonésien, nous allons reconstruire 300 écoles et en réhabiliter 200. Ces écoles respecteront le label « école-amie-des-enfants », élaboré par l’UNICEF, qui favorise de bons résultats scolaires en déterminant ce qui est utile pour les enfants et en les aidant à acquérir des connaissances fondamentales grâce à de bonnes méthodes de travail. Dans le même temps, en amont de la rentrée scolaire du 18 juillet, nous construisons 200 bâtiments scolaires provisoires. Les tentes servant de salles de classe représentaient une excellente solution provisoire, mais avec ce qu’ont subi les enfants d’Aceh, ils se sentiront bien mieux dans des écoles en dur et leur apprentissage en sera facilité. Parallèlement, nous continuons à distribuer des fournitures et des équipements scolaires, et à former les enseignants au soutien psychologique des élèves.
 
Quelle réponse apportez-vous aux critiques concernant la lenteur des opérations de reconstruction ?
Je pense que les ONG locales et internationales, ainsi que les agences des Nations unies ont fait beaucoup en peu de temps. Nous avons aidé à évacuer les corps des victimes, nous avons nettoyé les débris. Nous sommes en train d’identifier des zones pour la reconstruction, et la plupart des routes et des ponts ont été réhabilités. Nous avons mis en place des camps temporaires pour 500 000 personnes, rétabli le système de distribution de l’eau potable à Banda Aceh et Meulaboh, entre autres. Si une catastrophe de cette ampleur se produisait en France ou en Italie, la situation serait la même.

Comment imaginer qu’un pays en développement comme l’Indonésie puisse entamer la reconstruction en un temps record ?

Il faut laisser au gouvernement le temps de s’organiser. Il y a énormément de problèmes à résoudre : par exemple, les titres de propriété ont disparu, les marchandises restent parfois bloquées à la douane, et la bureaucratie est très lourde. Mais on ne peut pas engager la reconstruction à tout va sans contrôler toutes les étapes. Il faut respecter les directives, au lieu de foncer dans la mauvaise direction.

Il semble qu’aujourd’hui, de nouvelles perspectives s’ouvrent pour Aceh ?
En effet, à Aceh depuis 1976, un conflit opposait l’armée indonésienne au Mouvement pour un Aceh libre (GAM) la rébellion qui se bat pour l'indépendance de la province. Avant le 26 décembre, la province d’Aceh était sous administration militaire, et personne ne pouvait y accéder. La zone était très peu développée, et le taux de vaccination peu élevé. Depuis le tsunami et avec la phase de reconstruction s’ouvrent pour Aceh des perspectives très intéressantes en termes d’activités commerciales. L’Indonésie a aujourd’hui compris que le monde entier a les yeux braqués sur Aceh. Un processus de paix a été entamé.

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