L'UNICEF en RDC : la tragédie oubliée

Publié le 01 mars 2005 | Modifié le 31 mars 2016

« En Ituri, la violence n’a jamais vraiment cessé », Johannes Wedenig, chef du bureau UNICEF de la zone Est de la RDC.

Le Nord-Est de la République démocratique du Congo est, depuis le 19 janvier dernier, le théâtre de nouvelles violences aux conséquences très lourdes pour les civils, en particulier les enfants. Nouvelles, car, depuis le milieu des années 90, « en Ituri, la violence n’a jamais vraiment cessé », a déclaré Johannes Wedenig, chef du bureau UNICEF de la zone Est de la RDC (basé à Goma). La zone la plus affectée est le territoire de Djugu au Nord de Bunia. « Nous sommes dans une situation critique, qui remet en cause le processus de réconciliation engagé en septembre 2004 avec plusieurs groupes armés », poursuit Johannes Wedenig.

La plupart des villages ont été pillés et incendiés par des groupes armés. Plusieurs civils ont été tués ou kidnappés, dont des femmes et des jeunes filles. L’UNICEF redoute par ailleurs de nouveaux recrutements d’enfants soldats. Ils sont entre 23 000 et 30 000 en RDC à l’heure actuelle. « Nous craignons que les groupes armés d’origine ethnique ne fassent pression sur les communautés pour que chaque famille leur envoie un enfant. Le phénomène est malheureusement récurrent dans ce type de situation en Ituri », a expliqué Johannes Wedenig.

L’UNICEF a commencé à assister 50 000 personnes dans les zones sécurisées par la Monuc (Mission des Nations unies en RDC). « Mais nous estimons qu’il y a des milliers de personnes en dehors de ces sites qui ont désespérément besoin d’aide », a déclaré Johannes Wedenig.

L’UNICEF a débuté la distribution de couvertures, de savons, de bâches, d’ustensiles de cuisine et de biscuits protéinés dans quatre localités sécurisées par la MONUC : Tchomia, Gina, Kafe et Tché. L’agence a également commencé la distribution d’eau potable, ainsi que la mise en place de citernes mobiles et la construction de 48 latrines à Tché. Mais l’aide humanitaire se heurte à deux obstacles majeurs : l’insécurité et l’accès. « Le nombre total de combattants est estimé entre 15 000 et 25 000, rien qu’en Ituri. Les populations ayant fui les pillages et la violence se sentent en danger dès qu’elles sortent des sites protégés par la Monuc », a précisé Johannes Wedenig.

3,3 millions de morts en 6 ans

Le regain de violence en République démocratique du Congo pèse de façon dramatique sur le processus de paix en cours depuis septembre 2004. A l’été 2003, après l’attaque de la ville de Bunia, l'Union européenne décidait d’envoyer une mission de maintien de la paix en Ituri, l'opération Artémis, dirigée par la France. 1 500 soldats français avaient débarqué pour faire cesser le cycle de violence entre les communautés rivales Hema et Lendu. Leur arrivée avait temporairement mis fin aux attaques, d’une cruauté extrême, entre les deux ethnies.

Les Européens sont repartis chez eux, en septembre 2003, après une intervention de trois mois qui a permis de sécuriser la ville de Bunia. A cette date, la Monuc a repris en main la sécurisation de la zone. Le 4 janvier dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, à l'unanimité, une résolution augmentant de 5 900 hommes les effectifs de la Monuc, qui comptait déjà 10 500 Casques bleus. Malgré ces changements, les événements actuels démontrent combien la situation reste volatile en Ituri.

Le 10 février dernier, le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a demandé au Conseil de sécurité d'aider la Monuc à renforcer ses capacités pour lutter contre les abus sexuels et annoncé des mesures strictes de cantonnement et de couvre-feu pour le personnel militaire, en attendant la promulgation d'un code de conduite pour tous les casques-bleus.

Enjeux pour les femmes et les enfants

La guerre civile qui a sévit pendant 6 ans en République démocratique du Congo (RDC) a sérieusement détérioré le bien-être et les conditions de vie des femmes et des enfants dans tout le pays. Le conflit en RDC est l’un des plus sanglants que le monde ait connu depuis la deuxième guerre mondiale. En 6 ans, on estime à 3,3 millions le nombre de personnes tuées, la majorité étant des civils.

1,9 million d'enfants souffrent de malnutrition aiguë. Moins de 30 % de la population peut accéder aux services médicaux de base ; 45 % n'ont pas accès à l'eau potable et encore moins de 21 % à des systèmes d'assainissement. 4,9 %de la population est séropositive. On signale de plus en plus de cas de violence sexuelle. Le recrutement des enfants par les groupes armés se poursuit aussi et plus de 35 000 enfants sont associés à des groupes armés. Toutes les régions du pays sont affectées par les mines terrestres et les munitions non explosées.

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