Lutter contre la malnutrition jusque dans les zones reculées

Publié le 09 août 2011 | Modifié le 31 mars 2016

Le centre communautaire de Danderesso (région de Sikasso, au sud du Mali), est le point névralgique d’une aire de santé couvrant 12 villages. Malgré ce dispositif, certaines zones sont encore difficiles d’accès aujourd’hui. Alors, en pratique, chaque cas exigeant un suivi régulier est pris en charge par des volontaires. Ce système aide le médecin chef de la communauté de Danderesso, Nassim Tambélé. Rencontré sur place, il nous décrit son travail quotidien pour lutter contre la malnutrition.

 

 

 

Comment s’organise la prise en charge des enfants malnutris dans les zones les plus reculées ?

Les relais communautaires ont été mis en place en 2007 dans notre région. Ils ont un rôle clé. Ils s’occupent de plusieurs villages. Ils rendent visite aux familles, rencontrent les enfants et ils donnent des conseils sur la bonne nutrition : l’allaitement exclusif au sein jusqu’à 6 mois, quand c’est possible, l’introduction d’aliments plus riches à partir de l’âge de 6 mois, et le sevrage une fois que le bébé atteint le seuil des 24 mois. Quand la maman est sensibilisée aux bonnes pratiques, ça porte ses fruits

Lorsqu’ un enfant est dépisté et que la couleur du bracelet passe au jaune ou au rouge, il doit être amené au centre communautaire (CesCom). Et là, en fonction de son âge, de son poids et de sa taille, on voit où ça en est. Dans les cas de malnutrition modérée sévère sans complication ou dans les cas de malnutrition chronique sans complication, il reste au CesCom. Il y est suivi toutes les semaines, en fonction de son état de santé. On donne à la maman de la nourriture adaptée pour la semaine entière  et elle revient avec son enfant pour un contrôle, toutes les semaines. Entre deux visites au centre, les relais communautaires s’assurent du bon suivi de l’enfant.

Le problème pour les relais, c’est qu’ils sont bénévoles. Ils ne disposent que d’un vélo pour se déplacer d’un village à un autre, ce qui rend leur travail très difficile, surtout quand il commence à faire très chaud, ou pendant la saison des pluies.
 

Comment sensibilisez-vous les membres de la communauté sur la nutrition ?

Lors des séances de vaccination par exemple, on dépiste les mamans. On profite de leur présence pour donner les bons messages afin que les enfants soient en bonne santé. Pour les enfants malnutris, on fait en sorte qu’un membre de la famille soit présent, pour entendre le message. Tout à l’heure (voire le diaporama), nous avons pesé l’enfant et mesurer sa taille. Nous pensons qu’il est malnutri. Il doit être pris en charge. Dans ces moments, nous faisons un gros travail pour rassurer les familles. Il arrive souvent qu’elles ne voient pas que leur enfant souffre de malnutrition, avant qu’on le leur  signale.

 

Comment se déroulent les journées au centre communautaire de Danderesso ?

Le matin, je me rends en priorité auprès des femmes qui viennent  d’accoucher. Avec l’équipe soignante, on contrôle si tout va bien pour la maman et le bébé. Notre rôle consiste surtout  à conseiller la jeune mère sur l’allaitement exclusif et sur l’hygiène à adopter. Après, je vais voir les autres patients. Nous nous rendons auprès de tous les malades venus des onze villages alentours. Tous viennent pour des consultations au Cescom. La consultation porte sur l’état de santé global de l’enfant. À partir de cette consultation, nous évaluons si l’enfant est malnutri ou pas. Si c’est le cas, il est tout de suite pris en charge.

Quand il s’agit d’un cas de malnutrition modérée, on voit 8 fois l’enfant sur une période de 3 mois. Le premier mois, on le voit toutes les semaines. À partir du deuxième mois, on voit l’enfant toutes les deux semaines. À 3 mois, on réévalue le rapport poids-taille de l’enfant. Quand il a atteint le « poids cible » que l’on s’était fixé au préalable, il est guéri, mais il est suivi encore 3 autres mois une fois qu’il est de retour dans son village, grâce aux relais communautaires. Souvent les relais sont appuyés par des ONG locales.

Si l’enfant souffre de malnutrition aigue sévère avec complication, il est suivi pendant 6 mois. Pour les cas de malnutrition aigue sévère et modérée, je donne l’information à la maman et à la famille. Il faut sensibiliser le chef de famille sur l’ampleur du problème. Dans les cas où la famille ne comprend pas la gravité de la situation, on cherche à s’adresser à un autre membre de la famille, ce qui finit par fonctionner. Mais encore aujourd’hui, c’est surtout le suivi qui pose problème. Ce n’est pas facile de faire comprendre à la maman qu’elle doit rester auprès de son petit lorsqu’il est pris en charge au centre, mais aussi quand il rentre chez lui et de s’assurer qu’il mange bien les quantités d’aliments thérapeutiques prescrites. Les mamans sont très occupées par le travail aux chamsp ou par les autres enfants de la famille.

 

 

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