« Mon enfance était en train d’être gâchée »

Publié le 19 novembre 2009 | Modifié le 28 décembre 2015

Om Prakash Gurjar a 8 ans lorsqu’une association le sauve de la servitude. Aujourd’hui, il milite pour les droits de l’enfant et a déjà contribué à libérer de nombreux autres enfants asservis en Inde.

 « Dans le village d’Inde où je suis né et j’ai grandi, la notion de droits de l’enfant n’existe pas. Nos parents nous élèvent au prix de leur dur labeur, animés d’un sens du devoir et avec détermination. Si une famille arrive à mettre de l’argent de côté, ses enfants pourront peut-être aller à l’école. Mais le plus souvent, les enfants n’ont d’autre choix que de participer avec leurs parents aux travaux agricoles et de s’occuper du bétail. »

(…)

« Je suis le fils d’un homme qui a autrefois emprunté de l’argent à son propriétaire, lequel l’a en contrepartie réduit, lui et sa famille, à la servitude. À l’âge de cinq ans, avant même de pouvoir comprendre pourquoi j’étais obligé de travailler, je trimais dur dans la ferme du propriétaire. Je m’occupais d’animaux et de cultures, et je me demandais pourquoi je n’allais pas à l’école comme les autres enfants. Trois ans plus tard, un groupe de militants de Bachpan Bachao Andolan (Mouvement « Sauver les enfants ») est passé de village en village. En cherchant à sensibiliser la population à l’éducation et en faisant campagne contre la servitude des enfants, ils sont venus me voir, ainsi que d’autres enfants condamnés à travailler. Quand j’ai entendu ce qu’ils disaient, c’est la première fois que j’ai compris que mon enfance était en train d’être gâchée et qu’il y avait des gens qui essayaient de la sauver. »

« J’ai finalement été libéré »

« Après s’être informés de notre situation, les militants se sont employés sans relâche à nous libérer de ce travail sous contrainte et de cette servitude infantile. Il s’agissait d’une tâche difficile car ni nos propriétaires ni nos parents n’étaient disposés à envisager que les enfants aient des droits et que le travail des enfants pose problème. Au début, mes parents souhaitaient éviter toute forme de conflit. Mais, après de nombreux efforts, les militants de Bachpan Bachao Andolan ont fini par les convaincre de demander ma libération et ils ont également fait pression auprès du propriétaire pour me libérer de cette servitude. C’est grâce à leur persistance que j’ai finalement été libéré. »

« Une fois libre, je suis allé à Bal Ashram, un foyer d’enfants situé à Rajasthan, fondé pour instruire et former d’anciens travailleurs sous servitude. Dès mon arrivée, j’ai compris ce qu’étaient les droits des enfants. Pour la première fois, j’ai observé et constaté qu’il existait un endroit où l’on écoutait l’avis des enfants, où leurs opinions avaient de la valeur et où les décisions étaient prises en tenant compte de leurs points de vue. Il y avait un panchayat (une assemblée) d’enfants qui représentaient les intérêts et les préoccupations des élèves lors de réunions avec la direction et avec les enseignants. Peu à peu, au contact des enseignants et des autres élèves de Bal Ashram, j’ai compris qu’il existait des lois visant à protéger des enfants comme nous. J’ai appris que ces lois ne s’appliquaient pas seulement à l’Inde mais également au reste du monde. Ces lois énoncent les droits des enfants et il est de la responsabilité de tous de mettre en œuvre les normes définies dans la Convention relative aux droits de l’enfant et d’autres instruments apparentés. »