Nord Kivu : les difficultés d’accès de l’aide favorisent les épidémies

Publié le 20 novembre 2008 | Modifié le 31 mars 2016

Jaya Murthy, du bureau Unicef Goma, dans l’est de la République Démocratique du Congo, fait le point sur la situation.

L'Unicef s'efforce de faire parvenir des secours d'urgence, de vacciner les enfants contre la rougeole. Mais le choléra progresse.

Les combats et les mouvements de population ont-ils toujours la même ampleur ?

Il y a toujours des combats, toujours de grands mouvements de population. Des épidémies comme le choléra se propagent dans toutes les zones de déplacement, particulièrement là où nous n’avons pas accès, là où nous ne pouvons pas amener d’eau potable, construire des latrines et faire de la sensibilisation à l’hygiène. La situation reste toujours très grave. Même au camp de Kibati, où nous pouvons intervenir, où nous installons des latrines et où des camions citernes d’eau potable circulent, des cas sont recensés : on enquête, mais il semble que les mouvements de départs et d’arrivées de populations au camp, ces mouvements qui se poursuivent, en soient responsables.

22 000 enfants déjà vaccinés

Qu’en est-il des campagnes de vaccination contre la rougeole ?

A Kibati et Kirotshe, 22 000 enfants ont été vaccinés. A présent, nous nous tournons vers les autres zones, prêts à intervenir en fonction des possibilités d’accès.

Où en est la distribution des secours qui ont pu arriver à Goma ?

Nous continuons d’empaqueter ce qui est arrivé par avion des Etats-Unis et du Royaume-Uni pour en faire des kits d’urgence utilisables par les familles : couvertures, savon, bidons, bâches pour servir d’abris, moustiquaires, vêtements et kits de cuisine pour préparer des repas. On a terminé la distribution de ces kits de secours à Kibati. On a commencé une autre distribution aujourd’hui dans un village : elle se terminera samedi. D’autres sont planifiées pour la semaine prochaine et les semaines à venir.

Y a-t-il toujours des cas d’enrôlements d’enfants soldats ?

C’est très difficile d’avoir des chiffres, mais nous savons que le recrutement des enfants continue dans tous les groupes armés sauf dans l’armée congolaise, et nous avons peur que la tendance soit à l’augmentation.

Dans une telle crise, l’éducation reste-t-elle une priorité ?

Oui, l’éducation fait partie des priorités. Pour deux raisons. D’abord parce que les enfants vont souffrir de cette rupture du cursus. Ensuite parce que l’école constitue un environnement protecteur pour les enfants. Ils y sont protégés des abus et de l’exploitation. Un enfant qui ne va pas à l’école est davantage menacé de viol et de violence, il est plus vulnérable. Nous sommes en train, à Kibati, de trouver une solution : des déplacés sont dans des écoles, nous essayons de les loger ailleurs pour permettre aux enfants de recommencer la classe. Mais même sans les déplacés pour les occuper, de nombreuses écoles sont fermées en ce moment à cause de l’insécurité, et la classe ne pourra reprendre qu’avec la paix et la stabilité. Plus de 100 000 enfants sont aujourd’hui privés d’école.

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