Ouzbékistan : « Il faut agir vite ! »

Publié le 17 juin 2010 | Modifié le 24 décembre 2015

90% des réfugiés qui fuient les combats au sud du Kirghizistan sont des enfants, des femmes et des personnes âgées. Ils sont plus de 100 000 à avoir passé la frontière pour trouver refuge en Ouzbékistan.
Le point sur la situation avec Jean-Michel Delmotte, Représentant de l’Unicef en Ouzbékistan.

 

Depuis jeudi, vous avez assisté à un afflux majeur de réfugiés venus du Kirghizistan
 

J’ai vu les gens passer la frontière en masse, mais sans rien, sans valise, sans affaires,  c’est la première fois que je vois ça. Les blessés ont été évacués pour être soignés dans un hôpital central très bien équipé, il y a eu plus de 150 opérations de blessés par balle. Le gouvernement ouzbek a ouvert des écoles et des gymnases pour accueillir les réfugiés mais commence à penser à les relocaliser dans des camps mieux équipés. On compte plus de 100 000 personnes aujourd’hui dans des camps, majoritairement autour d’Adijan, une région à l’est de l’Ouzbékistan, enclavée dans le Kirghizistan.
 

Surtout des enfants, des femmes et des personnes âgées ?
 

Oui, à 90%. Les hommes sont restés de l’autre côté de la frontière, soit pour protéger leurs biens, soit, dit-on ici, parce que l’armée les a empêchés de traverser. Les familles sont donc séparées, et cela ajoute au traumatisme énorme déjà subi : selon les informations que nous avons, ces enfants et ces adultes ont été témoins de massacres, des jeunes filles et des femmes ont été victimes de viols, parfois groupés… Alors nous essayons de mettre en place, en plus d'une assistance psychologique dans les camps, un système de communication entre les deux pays, pour que les familles séparées puissent se retrouver et se donner des nouvelles, ça permettra d’alléger le traumatisme.
 

Comment est organisée l’aide sur place ?
 

L’Unicef a déjà envoyé neuf camions de matériel d’urgence pour fournir aux réfugiés des tentes, des vêtements, des kits de santé, des ustensiles de cuisine et de quoi alimenter les camps en eau potable. Huit employés de l’Unicef suivent la situation dans les camps et une aide psychologique à grande échelle commence à se mettre en place. L’Ouzbékistan est un pays en paix, sécurisé, l’aide est bien organisée, on peut délivrer le matériel, mais il faut que des produits de première nécessité arrivent au plus vite et en grande quantité. En bref, on peut agir, mais il faut nous en donner les moyens ! Et tout cela représente un coût énorme.
 

Quelle est l’inquiétude à l’heure actuelle ?
 

C’est la situation sanitaire dans les camps. A l’heure où l’on parle, la survie des réfugiés dans les camps est assurée pour quelques jours, mais avec la promiscuité, et par plus de 35 degrés, la situation va se dégrader très vite… Les camps sont surpeuplés, parfois les réfugiés n’ont qu’1m² d’espace par personne. On manque de toilettes, les conditions d’hygiène ne sont pas suffisantes et on craint l’apparition d’épidémies, mais aussi la propagation de maladies infectieuses et diarrhéiques. A ce jour près de 400 femmes enceintes ont été répertoriées dans les camps, chaque femme a avec elle deux enfants en moyenne, et beaucoup sont en bas-âge et ont besoin de couches, de vaccins… Les enfants sont directement concernés.
 

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