Paroles de collégiens

Publié le 13 février 2013 | Modifié le 24 décembre 2015

Au moment où l’UNICEF lance une grande consultation nationale sur les droits de l’enfant, l’écrivaine Marie Desplechin donne la parole à de jeunes gens que l’on entend peu : les collégiens d’un quartier sensible, à Lille. 

Ce sont des élèves tout feu tout flamme, des collégiens d’un quartier populaire de Lille que l’on aperçoit souvent bourdonnant sens dessus dessous à la sortie de l’école ou chahuter dans la cour, en grappes indistinctes. Avec La Classe, l’écrivaine Marie Desplechin donne la parole à ces adolescents, trop rarement écoutés comme individus à part entière. A travers un dispositif original –des élèves de Sciences Po Lille ont été chargés de recueillir leurs propos, en binômes-, l’ouvrage tente une approche à « la marge de la littérature, du journalisme et de la sociologie », comme l’explique l’auteure. 

Famille, violence, religion

Pas de généralités ni de prétention scientifique ici, mais des expériences et des mots, parfois crus, pour décrire le quotidien, les angoisses et les rêves. Quelques lignes communes se dégagent pourtant, comme l’absence criante du père, mal remplacé par de grands frères autoritaires jusqu’à l’excès. La violence  de ces aînés encombrants ou des autres griffe le quotidien de presque tous ces ados, âgés de 14 à 16 ans. Les sports sont souvent de combat, le « respect » dans toutes les bouches, celles de Anissa ou de Malika. Comme l’importance capitale des racines et de la religion, très prégnante chez les enfants d’origine maghrébine. Entre choix personnel et besoin d’identification à un groupe social, les adolescents du collège Paul-Verlaine y voient comme Océane « un lien » avec les proches, une façon de perpétuer l’histoire familiale. 

Des rêves de raison

Dans tous les cas, difficile d’échapper au déterminisme social dans ce milieu où Facebook  et les jeux vidéos ne suffisent pas à s’échapper. Les projets professionnels reprennent trop souvent ce schéma : on s’imagine dans de beaux métiers, titulaire d’un CAP coiffure, pompier ou boulanger. Mais si peu projettent leur avenir dans des études longues et qualifiantes, comme si elles étaient inaccessibles de facto. Il y a quand même Nessim qui espère devenir « médecin, dentiste ou pharmacien ». Malika se voit bien orthoptiste, « ça veut dire kiné pour les yeux ». Pour beaucoup, le défi consiste à rester en filière générale pour la seconde.
 
Certains traversent leurs 15 ans avec moins de tumultes, comme Claire, qui ne voit « aucun dragon menaçant » dans sa vie. Brandon, lui, s’entend « bien avec les profs », quand le placide Djamel estime, à contre-courant d’une certaine méfiance entre les genres : « On est tous potes, les garçons comme les filles. » Hind rend hommage à son père, le « meilleur ami » de la jeune fille. Avec son prénom d’Amérique dont rêvent tant ses camarades, Alison, elle, résume tranquillement : « J’ai quatorze ans et je suis heureuse de la vie que j’ai à présent »
 
 
En savoir plus

69 "Villes amies des enfants" de l'UNICEF, réparties dans 43 départements, vont participer tout au long de l'année 2013 à la grande consultation nationale des 6-18 ans proposée par l’UNICEF France. Ces collectivités se sont engagées à consulter près de 100 000 enfants, jeunes et adultes sur la réalité de l’exercice des droits de l’enfant en France. 
 

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