Rima Salah : « Le bien-être des femmes va de pair avec celui de la société »

Publié le 09 mars 2006 | Modifié le 04 janvier 2016

Interview de la directrice adjointe de l'Unicef, à l'occasion de la journée de la femme le 8 mars 2006.

Vous avez rejoint l’UNICEF en 1987, vous êtes directrice adjointe depuis décembre 2004. Est-ce qu’au cours de cette carrière vous avez senti que la condition des femmes prenait de l’importance dans les actions que l’UNICEF choisissait de mener ?

L’UNICEF se préoccupe de la condition des femmes depuis longtemps. A la fin des années 80, j’étais pour l’UNICEF au Balouchistan, une province du Pakistan, et j’ai beaucoup travaillé pour la scolarisation des filles, qui n’étaient alors que 10% à aller à l’école : il n’y avait pas assez d’enseignants, l’école constituait un environnement fermé aux filles. Par la suite, au Burkina Faso, j’ai suivi un programme de microcrédits qui renforçait la position économique et le pouvoir des femmes, avec des conséquences positives sur la santé et la solarisation des enfants. Ce ne sont que quelques exemples. Mais c’est vrai que la nouvelle directrice générale, Mme Veneman, est très engagée en faveur des femmes, et qu’elle s’inscrit parfaitement en cela dans les Objectifs du Millénaire. Je suis très heureuse si mon travail peut lui aussi contribuer à ce que les initiatives favorables à la condition féminine se généralisent aujourd’hui. L’aide nutritionnelle apportée l’année dernière au Niger s’est faite en impliquant les femmes afin de faire progresser leur statut social. Le bien-être des femmes va de pair avec celui de la société dans son ensemble, et donc avec celui des enfants.

L’UNICEF s’intéresse-t-il aux femmes en tant que mères ou bien considère-t-il la femme selon une définition plus large ?

Les responsables politiques avec qui nous travaillons sont de plus en plus nombreux à comprendre qu’un groupe qui représente la moitié de l’humanité ne peut pas être réduit au rôle de mère en négligeant le poids économique que ce groupe représente : les femmes participent au développement d’un pays. L’UNICEF soutient les actions de scolarisation des filles, en sachant que ces actions conduisent à accroître le rôle politique des femmes (dans ces pays, on voit progressivement des femmes accéder à des postes parlementaires). Les réunions auxquelles je participe cette année à New York au sein du comité de l’UNICEF sur le statut de la femme portent justement sur la participation des femmes aux prises de décisions politiques.

Est-ce que votre carrière professionnelle d’enseignante en sciences humaines (anthropologie, sociologie, psychologie) vous a rendue, à l’UNICEF, particulièrement sensible à la condition féminine ?

Je le pense. J’ai fait ma thèse de doctorat sur les camps de réfugiés palestiniens. J’ai rencontré trois générations de femmes palestiniennes et j’ai observé la progression de leur statut d’une génération à la suivante, notamment sous l’effet de l’éducation, de l’activité économique. La dimension économique était particulièrement déterminante pour les familles dans lesquelles les hommes, privés de terre et donc de revenu agricole, ne pouvaient plus tenir le rôle patriarcal traditionnel. En Afrique, j’ai observé également l’évolution du rôle des femmes : l’UNICEF s’est appuyé sur les transformations au sein des familles et des communautés pour faire progresser leurs statuts. En tant qu’anthropologue, j’étais toujours attentive à cette dimension sociale.

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