Roumanie : restaurer le lien entre la mère et l'enfant

Publié le 22 mars 2006 | Modifié le 31 août 2015

Entretien avec Pierre Poupard, représentant de l'Unicef en Roumanie.

À quels problèmes principaux sont confrontés les femmes et les enfants en Roumanie ?

Le taux de mortalité des enfants de moins de 1 an est de 17/1000, celui des enfants de moins de 5 ans de 20/1000. Ce sont des taux très élevés qui placent le pays à la traîne de l’Union Européenne. Ils s’expliquent par la mauvaise qualité du système de santé, dont les mères sont également victimes. De plus, on observe en Roumanie un taux d’abandon hors du commun : entre 1 et 2 % des enfants sont abandonnés à la naissance. C’est un indicateur de la détresse des femmes. Mais il y a quand même une spécificité roumaine, l’abandon ne s’explique pas seulement par le manque de ressources : jamais on ne voit un tel taux en Afrique, même dans des pays bien plus pauvres que la Roumanie.

Comment peut-on alors expliquer ce taux d’abandon record ?

Les dernières années du régime de Ceausescu se sont caractérisées par une folie démographique. Il y a eu une quantité de grossesses non désirées. La famille n’était pas pour autant en haut de l’échelle des valeurs du régime communiste. L’Etat admettait l’abandon, en considérant que les enfants n’avaient alors qu’à être placés en institutions. Le régime s’est écroulé en 89, mais la relation mère-enfant s’était dégradée si profondément que les pratiques de cette époque sont encore perceptibles aujourd’hui.

Quelle est l’action de l’Unicef en matière de prévention de l’abandon ?

En Roumanie, l’Unicef, soutenu en particulier par le Comité français, agit au niveau central, auprès du gouvernement, mais aussi dans plusieurs maternités pour que soit prise une série de mesures. Je citerai deux exemples. D’abord, juste après l’accouchement, nous essayons de faire en sorte que l’enfant ne soit plus immédiatement séparé de sa mère pour être placé en pouponnière mais qu’il reste au contraire dans la chambre pour permettre au lien de s’instituer avec la mère dès les premières heures ou les premiers jours de la vie du nourrisson. D’autre part, nous favorisons le recrutement d’assistantes sociales dans les maternités pour que les mères ou futures mères qui pourraient avoir des difficultés économiques et sociales soient identifiées et soutenues.

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