Sahel central : les agences de l'ONU tirent la sonnette d'alarme

Publié le 03 février 2020

Le nombre de personnes confrontées à un manque critique de nourriture et de moyens de subsistance vitaux dans le Sahel central a atteint un sommet en un an, en raison de l'insécurité croissante et des chocs climatiques. La situation risque de se détériorer davantage si la communauté internationale n'agit pas maintenant, ont averti aujourd'hui trois agences des Nations unies.

Dakar/Paris, le 3 février 2020 - Malgré une production agricole globalement satisfaisante, 3,3 millions de personnes ont besoin d'une assistance immédiate dans le Sahel central, selon les dernières analyses du Cadre harmonisé pour la sécurité alimentaire, ont déclaré l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) et le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies. Les experts prévoient que près de 4,8 millions de personnes dans le Sahel central seront exposées à l'insécurité alimentaire pendant la période de soudure (juin-août 2020), si aucune mesure appropriée n'est prise d'urgence.

L'escalade sans précédent des besoins humanitaires dans le Sahel central est un facteur majeur de la situation alarmante à laquelle l'ensemble de la région de l'Afrique de l'Ouest est confrontée en 2020, où le nombre de personnes exposées au risque d'insécurité alimentaire pourrait atteindre un total de 14,4 millions, un niveau qui n'a pas été atteint depuis 2012.

Les pays du Sahel central (Burkina Faso, Mali et Niger) sont les plus préoccupants, car les conflits et leurs conséquences sur les communautés y sont devenus la principale cause d'insécurité alimentaire. Ces trois pays connaissent une augmentation du nombre d'incidents de sécurité, notamment des attaques de groupes armés et des conflits communautaires qui entraînent fréquemment des mouvements de population.

Toute une génération en danger

Au Burkina Faso en particulier, la situation est alarmante. Le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) est aujourd'hui six fois plus élevé qu'en janvier 2019, passant de 90 000 à 560 033 en décembre 2019. Cela montre à quel point la situation s'est détériorée rapidement et massivement au cours de l'année 2019.

« Nous constatons une augmentation stupéfiante de la faim dans le centre du Sahel. Le nombre de personnes souffrant d'insécurité alimentaire a doublé après la récolte alors qu'il aurait dû diminuer. Si nous n'agissons pas maintenant, toute une génération est en danger », a déclaré Chris Nikoi, directeur régional du PAM en Afrique occidentale et centrale.

Le changement climatique perturbe des moyens de subsistance déjà fragiles. Actuellement, les troupeaux de transhumance quittent prématurément la région. Cette situation est exacerbée par les conflits armés et communautaires, les vols et le banditisme, qui perturbent la mobilité des troupeaux, l'accès au fourrage et aux ressources en eau. Elle conduit également à une concentration des animaux dans certaines zones plus sûres, avec le risque d'aggraver les conflits entre agriculteurs et éleveurs.

Dans l'ensemble, la vulnérabilité croissante des populations rurales, l'insécurité et les conflits pour les ressources perturbent la cohésion sociale entre les communautés, ce qui entraîne une aggravation à long terme de la crise au Sahel. Par conséquent, l'aide immédiate pour répondre aux besoins urgents doit s'accompagner d'investissements dans les moyens de subsistance et les services sociaux des populations rurales, afin de renforcer la cohésion sociale et de jeter les bases de la paix dans la région.

« Si nous ne nous attaquons pas ces crises à la racine, des millions d'éleveurs et d'agro-pasteurs vulnérables continueront à avoir besoin d'une aide urgente chaque année, comme ce fut le cas en 2019 et comme ce sera le cas en 2020 », a déclaré Robert Guei, coordonnateur sous-régional de la FAO pour l'Afrique de l'Ouest, ajoutant que « le Réseau mondial contre les crises alimentaires fournit un cadre pour ce soutien. »

Des centaines de milliers d'enfants exposés au risque de malnutrition

Grâce à des efforts collectifs pour fournir des services préventifs et curatifs essentiels, les résultats des enquêtes nationales sur la nutrition au Sahel en 2019 ne montrent pas de baisse immédiate de l'état nutritionnel des enfants. Cependant, la situation reste fragile avec des taux de malnutrition aiguë globale toujours supérieurs ou proches du « seuil sérieux » de l'OMS au Niger (10,9 %) et au Mali (9,4 %). La situation est particulièrement préoccupante dans le nord du Burkina Faso, où l'insécurité généralisée entrave considérablement la prévention et le traitement de la malnutrition aiguë chez les mères et les jeunes enfants. Les évaluations nutritionnelles rapides menées dans les municipalités comptant un grand nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays montrent une forte détérioration de l'état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans. Une analyse plus approfondie impliquant des partenaires institutionnels et opérationnels est en cours pour identifier les zones les plus à risque.

L'insécurité alimentaire des ménages, aggravée par les déplacements de population, l'accès limité aux services de santé et à l'eau potable, ainsi que la méconnaissance des pratiques optimales d'alimentation des enfants auront un impact sérieux sur l'état nutritionnel des jeunes enfants et sur la capacité des communautés à rebondir, si rien n'est fait maintenant pour protéger l'état nutritionnel des jeunes enfants et prévenir la malnutrition aiguë qui menace leur vie. Des approches intégrées pour la prévention et le traitement de la malnutrition aiguë doivent être mises en œuvre immédiatement et à grande échelle dans les zones les plus touchées.

« Le conflit dans le Sahel central est une crise en cascade qui s'étend à toute la région, mettant en danger toute une génération d'enfants. Des centaines de milliers d'enfants sont privés d'éducation, vulnérables à l'exploitation et exposés au risque de malnutrition. Les enfants et les jeunes continuent à payer le prix le plus élevé pour une crise dont ils ne sont pas responsables. Nous devons agir maintenant avec nos partenaires pour éviter une tragédie », a déclaré Marie-Pierre Poirier, directrice régionale d'UNICEF pour l'Afrique occidentale et centrale.