Sauver les enfants tant qu’il est temps

Publié le 05 novembre 2009 | Modifié le 13 janvier 2016

Ted Chaiban, représentant de l’Unicef en Ethiopie, présente le réseau d’agents de santé mis en place avec le gouvernement et les ONG partenaires pour déceler la malnutrition avant que l’enfant ne tombe dans la phase aiguë sévère.

Comment se caractérise la sécheresse qui frappe actuellement la Corne de l’Afrique ?

La région manque de pluies depuis dix-huit mois. Les précipitations de février-mars n’ont pas été bonnes, celles de l’été sont arrivées en retard : tout cela a affecté les récoltes, qui pour l’année 2009 seront au-dessous de la moyenne. 500 000 enfants de moins de cinq ans sont en état de malnutrition aiguë sévère dans la Corne de l’Afrique. 270 000 rien que pour l’Ethiopie. La situation de certaines familles est chaque année très fragile : certaines ont moins d’un hectare à cultiver (d’autres n’en ont pas du tout), c’est insuffisant pour vivre, et quand les pluies sont mauvaises on ne peut même pas vendre sa force de travail chez le voisin. Ces familles sont dépendantes de l’aide humanitaire.

Existe-t-il une réponse organisée pour y faire face ?

Depuis 2008, 32 000 agents de santé communautaires sont déployés dans les villages. Ils ont été formés sur la malnutrition aiguë sévère et se sont déployés en 2009 sur plus de 3 200 sites. La moitié de leurs temps est consacrée au porte à porte, afin d’identifier les personnes vulnérables auxquelles ils donnent des conseils de nutrition. Ils peuvent recommander aux mères de se rendre au poste de santé le plus proche pour être renseignées sur le statut nutritionnel de leurs enfants. Des aliments thérapeutiques comme le plumpy’nut sont distribués. En cas de complications, l’enfant doit être pris en charge plus loin, en centre de santé, mais ce ne sont que 3 à 4% des cas de figure : le réseau d’agents de santé payés par le gouvernement permet la plupart du temps de détecter les enfants en danger avant les complications. C’est très efficace. Cependant nous manquons de moyens. Les 2 800 tonnes de plumpy nut que nous avons prépositionnées dans le pays en 2009 seront épuisés d’ici la fin de l’année. L’Unicef Ethiopie a évalué à 33 millions $ la somme nécessaire pour répondre aux besoins de santé et de protection des enfants d’ici juin 2010, dont 19 millions pour la nutrition. Le Programme Alimentaire Mondial distribue des rations alimentaires en amont, pour que les familles arrivent à s’en sortir : lui aussi manque de ressources.

Ce système permet-il de couvrir tout le territoire ?

Nous ne sommes pas freinés par des problèmes d’insécurité. Mais nous discutons avec le gouvernement pour que l’accès aux services soit le même dans la zone somalienne de l’Ethiopie que dans le reste du pays. Lutter contre la malnutrition, tout comme vacciner, prévenir le paludisme, fournir de l’eau potable, sont là-bas plus difficiles. Le gouvernement éthiopien est fortement mobilisé auprès de sa population et, après quelques réticences, travaille maintenant activement avec les ONG partenaires, notamment pour de l’appui technique.

Y a-t-il une réflexion de long terme pour éviter que, chaque année, la survie des enfants ne soit menacée par les aléas climatiques ?

L’Ethiopie connaît une croissance de près de 10% sur les dix dernières années (PNB de 250$ par habitant en 2009). On partait de si bas qu’il y a encore du chemin à faire pour que la population soit en sécurité. L’agriculture doit être plus performante, il faut diversifier l’économie. Il y a des discussions avec le gouvernement, notamment sur un programme de réduction de la pauvreté, pour mettre les enfants à l’abri de la malnutrition de façon durable. Pour répondre aux crises nutritionnelles récurrentes du pays, l’Unicef est notamment en discussion avec le gouvernement pour mettre en œuvre un système de surveillance nutritionnelle, qui viendrait compléter le système existant qui permet déjà de suivre la production agricole et l’état des pluies. L’enjeu est de disposer d’un système d’alerte d’urgence qui soit opérationnel et partagé.

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