Somalie : empêcher les enfants de tomber dans la malnutrition sévère

Publié le 27 mai 2008 | Modifié le 31 mars 2016

Bastien Vigneau, responsable des urgences de l’Unicef Somalie, explique la stratégie conduite par l’Unicef et ses partenaires pour éviter que le statut des jeunes enfants souffrant de malnutrition modérée ne s’aggrave.

Interview de Bastien Vigneau, responsable des urgences de l’Unicef Somalie.

Comment se traduit la crise nutritionnelle actuelle en Somalie ?

Les enfants sont plus nombreux à entrer en centres thérapeutiques et ils sont dans un état de santé plus grave. En fait, ce qui nous inquiète, c’est d’observer cette situation et de voir que les facteurs qui conduisent à la malnutrition ne cessent de se développer. Les pluies sont enfin arrivées, mais avec un mois de retard et il a plu moins que prévu : les récoltes seront donc moindres, et la population a déjà perdu du bétail. À cela s’ajoute la crise économique : le shilling somalien ne vaut presque plus rien ; la hausse mondiale des prix des denrées alimentaires fait que le Vietnam, la Thaïlande, le Kenya préfèrent garder leur production plutôt que l’exporter, en particulier vers la Somalie. Et l’insécurité rend notre accès aux populations particulièrement difficile cette année.

Quelle est la stratégie de l’Unicef pour répondre en urgence à la crise nutritionnelle ?

Sur toute la Somalie, il y a environ 120 centres thérapeutiques pour prendre en charge les enfants souffrant de malnutrition sévère. Il y en a 4 dans le corridor Mogadiscio-Afgoye, cette zone de 20 km sur laquelle se concentrent 300 000 déplacés. Nous essayons d’augmenter le nombre de ces centres. Mais les conditions d’insécurité sont telles qu’il y a de moins en moins de partenaires capables de travailler sur le terrain. Alors nous essayons de minimiser autant que possible le passage de la malnutrition modérée à la malnutrition sévère. Sur le corridor Mogadiscio-Afgoye, nous avons commencé à distribuer de la farine Unimix à 44 000 enfants de moins de 5 ans. C’est à peu près le quart des enfants que nous estimons malnutris. Ça a été très compliqué à mettre en place. C’est un programme qui va durer trois mois. Il y aura trois distributions, la première ayant eu lieu il y a une dizaine de jours, les deux suivantes étant prévues pour début juin et début juillet. Il s’agit de renforcer les enfants de moins de 5 ans. Chaque mère reçoit dix kilos de farine Unimix par enfant. Nous avons établi neuf centres de distribution sur l’ensemble des vingt kilomètres du corridor. Le recensement des familles bénéficiaires avait été fait par une ONG partenaire. Nous avons distribué à peu près 440 tonnes, en 3 jours. Nous sommes passés juste après une distribution du Programme alimentaire mondial (PAM), ce qui devrait empêcher que la farine soit détournée du public cible que constituent les enfants. Dans le même temps il faut continuer l’effort de distribution d’eau potable et de chlorination des points d’eau pour éviter les épidémies. Voilà pour la première opération. La deuxième va consister à mettre en place la distribution de produits comme le plumpy doz pour pouvoir donner un complément de micronutriments aux enfants de moins de trois ans et demi. Nous allons cibler 120 000 enfants qui sont eux aussi dans la tranche de malnutrition modérée. Cette opération devrait démarrer en août et durer six mois. La distribution de plumpy doz se fera avec un package médical : déparasitage, distribution de vitamine, etc.

Où en est le projet de rester au plus près des populations pastorales nomades qui sont les plus vulnérables en cas de sécheresse ?

En ce moment, l’insécurité nous oblige à limiter nos déplacements au strict minimum. La situation n’est plus celle de la sécheresse de 2006, où l’accès aux populations était plus simple. Même en 2007, au moment des inondations, la situation était moins grave qu’aujourd’hui. Un chauffeur du PAM a été tué le 7 mai. A l’heure où je parle, 4 humanitaires sont retenus en otage. Le 15 mai, une déclaration des deux principales parties a appelé au respect de la circulation des humanitaires. Mais sur le terrain, nous attendons d’en voir les résultats.

Soutenir nos actions