Somalie, la crise oubliée

Publié le 27 août 2008 | Modifié le 31 mars 2016

La malnutrition est l’un des challenges les plus importants auxquels doivent faire face aujourd’hui les enfants de Somalie, et la situation pourrait encore s’aggraver. Les Nations unies envisagent même un « scénario catastrophe » nous précise Christian Balslev-Olesen, Représentant de l’UNICEF dans ce pays. Au cours des 12 prochains mois, la moitié de la population du pays, soit 3,6 millions de personnes, sera totalement dépendante de l’aide alimentaire et de l’aide d’urgence.

« Nous n’avions jamais connu une situation aussi grave. Jamais, auparavant, » nous dit M. Balslev-Oleson. « Environ 36% des enfants de Somalie ont un poids inférieur à la normale et un sur six présente des signes de malnutrition sévère ».
 

En quête de plus de sécurité
Récemment, l’intensification des combats dans le centre et le sud de la Somalie ont provoqué de lourdes pertes parmi les civils. Les enfants sont les premiers à payer le prix fort de ce conflit permanent, de la violence et des déplacements de population qui en résultent. L’insécurité permanente dans le pays contribue à aggraver la mauvaise situation nutritionnelle des enfants somaliens.

L’histoire de Asha, qui n’a pas deux ans, est symptomatique. L’enfant et sa mère Khadija vivaient à Mogadiscio lorsqu’elles ont dû fuir à Bossaso en quête d’un endroit plus sûr. « Asha allait bien et était en bonne santé quand nous avons quitté Mogadiscio » raconte sa mère. « J’avais un emploi stable et je pouvais alors lui donner trois repas par jour. Ici, je peux à peine la nourrir une fois par jour. C’est insupportable. ». Huit mois ont passé depuis leur arrivée à Bossaso et la petite Asha souffre aujourd’hui de malnutrition sévère.

Traiter les cas de malnutrition grave et sévère
L'UNICEF et ses partenaires ont déployé un Programme thérapeutique de consultations externes (cliniques mobiles) et des centres de stabilisation pour les cas les plus sévères. Des agents de santé communautaires, formés par l’UNICEF, y assurent un ensemble d’interventions d’urgence et un suivi médical des enfants.

Grâce à la mise en place récente de ces programmes sociaux de proximité à Bossaso, Khadija a pu amener Asha en consultation dans une de ces cliniques mobiles soutenues par l'UNICEF. On lui a distribué des produits alimentaires thérapeutiques énergisants, riches en protéines et prêts à l’emploi comme l’UNIMIX ou le Plumpy'nut, une pâte hautement nutritive a base d'arachide qui donne d'excellent résultats. Son cas présentant des signes de sous-alimentation sévère et un risque de complications médicales, Asha, a été hospitalisée au centre de stabilisation des malades de l’hôpital de Bossaso, lui aussi soutenu par l’UNICEF.

« Les enfants sévèrement malnutris font face à des complications médicales comme la perte d’appétit, des diarrhées et des vomissements. Il faut leur dispenser des soins spéciaux avant même d’essayer de leur faire regagner du poids. Il serait fatal de leur donner une nourriture normale » nous précise Mathieu Joyeux responsable nutrition à l’UNICEF. Les enfants sont ensuite admis dans des centres de stabilisation où ils reçoivent des soins médicaux 24 heures sur 24, et où leurs mères sont hébergées et nourries gratuitement.

Cette stratégie efficace de prise en charge des enfants de Somalie souffrant de malnutrition grave ou sévère permet de traiter, chaque mois dans les camps, 5 200 enfants.

Pour M. Balslev-Oleson « Les bons résultats déjà obtenus dans les camps de déplacés, nous laissent penser que nous pouvons réduire la malnutrition sur l’ensemble de la Somalie, à condition d’avoir plus de sécurité et de moyens, ainsi qu’une meilleure coopération avec les organisations non gouvernementales locales et les communautés ». « L’insécurité empêche la présence de journalistes qui témoignent de la situation en Somalie cela contribue hélas à faire du pays une crise oubliée » conclue M. Balslev-Oleson.

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