Un gouvernement d’enfants dans une école : ça peut changer des choses !

Publié le 26 février 2016 | Modifié le 19 septembre 2017

Matthieu n'a que 10 ans, mais a déjà de grandes responsabilités, puisqu'il dirige le Gouvernement de son école au Togo. Son projet : renforcer la propreté de l'établissement grâce au soutien de l'UNICEF.

Au Togo, les écoles manquent cruellement d’eau potable et d’ouvrages d'assainissement. Dans les écoles où de telles installations existent, elles sont souvent insuffisantes par rapport aux effectifs des élèves. Selon les données statistiques du Ministère de l’Enseignement Primaire et Secondaire, seules 29 % des écoles disposent de points d’eau et 43 % de latrines. Ces données globales cachent d’énormes disparités. Il y a encore quelques mois par exemple, l’école primaire publique de Kara Sud, située au plein milieu de la ville de Kara, à près de 420km de la capitale du Togo, était confrontée à une situation sanitaire déplorable. Mais un gouvernement d’enfants dans une école, ça peut changer des choses !

Matthieu, 10 ans au CM2, est l’actuel Premier Ministre du Gouvernement de cette école. Comme les autres membres du gouvernement d’enfants, il a été élu par ses camarades.

Matthieu 10 ans au CM2 est, depuis deux ans, le nouveau Premier Ministre de Kara Sud.« Bonjour. Je suis le nouveau Premier Ministre de l’école de Kara Sud. Avec mes ministres, je mets en œuvre le projet d’école que notre ancien gouvernement a écrit avec les enseignants et les membres de l’association des parents d’élèves en 2012. A ce moment-là, j’étais au CE2. Notre plus gros problème, c’était la propreté. Parce que nous sommes en ville et que nous n’avons pas de clôture, les passants et les voisins jetaient des saletés autour de l’école et parfois même dans la cour.

Chaque matin, il fallait tout nettoyer pour que nos petits frères du jardin d’enfants ne ramassent pas ces saletés et les avalent. Les élèves aussi n’avaient pas de toilettes. C’était vraiment difficile et fatiguant de maintenir notre environnement propre. Les anciens ministres de la Santé, de l’Education et de l’environnement travaillaient avec des comités chargés de balayer les classes, la cours de récréation et de veiller à ce que les élèves ne fassent pas caca dans l’école. Ceux qui ne pouvaient pas se retenir à cause des diarrhées, étaient obligés de rentrer à la maison pour revenir après. Certains ne revenaient plus à l’école. Ce n’était pas gai.

Un jour l’ancienne Premier Ministre et son gouvernement, accompagnés de nos deux directeurs, ont constitué une délégation et ont été voir le chef du quartier pour qu’il sensibilise les habitants à ne plus faire de notre école un dépotoir et pour empêcher les passants qu’ils verraient, de le faire. Ça a marché. En plus l’association des parents d’élèves a décidé de nous faire un urinoir. C’était la joie dans l’école mais on n’avait toujours pas de latrines.

Quand l’école a organisé de nouvelles élections pour avoir un nouveau gouvernement d’enfants, j’ai décidé d’écrire mon nom sur la liste des candidats au poste de Premier Ministre et j’ai été choisi. La première chose que j’ai faite quand j’ai été élu, c’est de dire à l’inspecteur de l’éducation qui vient souvent nous rendre visite qu’on avait besoin de latrines. Il a pris une copie de notre projet d’école et après, c’est l’UNICEF qui est venu nous construire des latrines. Il y a un bloc pour les filles et un bloc pour les garçons. Devant chaque bloc, il y a un dispositif pour se laver les mains. Nos deux directeurs et une enseignante ont été formés sur les bonnes pratiques d’hygiène qu’ils partagent avec nous en classe. Nous apprenons beaucoup sur l’hygiène en classe. »Martine, la ministre de la santé régit son secteur dans les moindres détails. Ici elle vérifie que le système de lavage des mains est bien en place

« C’est vrai ! », ne peut s’empêcher de renchérir Martine, 8 ans au CE2 la nouvelle Ministre de la Santé. Elle ajoute : « Grâce à ces cours, nous avons appris à nous laver correctement les mains au savon ou à la cendre. On sait maintenant comment voir si une revendeuse de nourriture est propre ou pas. Quand une revendeuse ne lave pas bien ses assiettes, mon équipe met un drapeau rouge devant elle. Comme ça, tout le monde est au courant qu’il ne faut pas manger chez elle sinon on va attraper des maladies ».

Matthieu reprend la parole : « Je suis vraiment très fier de notre gouvernement. Même les grands nous félicitent. Au nom de l’école, je veux remercier l’UNICEF pour ces latrines et tous les conseils qui nous aident à avoir un environnement sain. Merci aussi à l’UNICEF qui a aidé notre école à avoir un gouvernement d’enfants.

Ce que nous désirons maintenant, c’est un forage car notre école n’a plus d’eau. Comme on n’a pas d’argent pour payer les factures d’eau, la Régie des Eaux nous a coupé l’eau. Maintenant on doit aller puiser de l’eau à la fontaine publique de l’autre côté de la rue et c’est dangereux avec toutes les voitures qui passent. C’est fatigant aussi de le faire plusieurs fois par jour. Tout le monde va puiser de l’eau là-bas. En plus, pour nos camarades plus âgés qui y vont, ils ratent une partie des cours parce qu’ils doivent faire la queue trop longtemps. Ça aussi, ça doit changer et on va le changer ! ».

Une des trois enseignants formés sur la sensibilisation dans les classes aux bonnes pratiques d’hygiène.Le témoignage de Matthieu montre combien les enfants sont plus que conscients du fait qu’avoir un environnement sain est essentiel à leur réussite scolaire. L’appui de l’UNICEF à l’amélioration de l’environnement des écoles ne se limite pas à la mise en place d’infrastructures en eau et en assainissement ou en formation des enseignants. Il vise également l’augmentation des taux de scolarisation et de rétention des enfants dans le système scolaire dans les écoles qui bénéficient des fonds générés par la Nuit de l’eau.

 

En 2015, ces dons ont permis d’améliorer l’accès à l’eau potable et aux services d’hygiène et d’assainissement de base de façon équitable et durable pour environ 5 700 enfants dans 19 écoles, dont 2 400 enfants de 8 écoles des régions Kara et Savanes (1 école pour la construction de 2 blocs de latrines et 7 écoles pour la promotion de l’hygiène) bénéficient d’interventions complémentaires en latrines et activités de promotion de l’hygiène.

 

Merci aux participants de la Nuit de l'Eau !

Si les enfants de l'école de Kara Sud ont accès à l'eau potable, c'est grâce à la Nuit de l'Eau et ses participants. Un événement annuel, sportif et caritatif, organisé par la Fédération Française de Natation et l’UNICEF France. Il a pour but de sensibiliser le grand public, à l’importance de l’eau, ressource clé pour les populations du monde entier.

Depuis 2009, les fonds collectés lors de la Nuit de l'eau sont reversés à un programme de l'UNICEF pour les enfants du Togo. À ce jour, environ 53 000 enfants du Togo ont accès à l'eau potable dans leurs écoles grâce à la Nuit de l'eau !

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